Une création du Munstrum Théâtre, d’après William Shakespeare
Mise en scène Louis Arene
Avec Louis Arene, Sophie Botte, Delphine Cottu, Olivia Dalric, Lionel Lingelser, Anthony Martine, François Praud, Erwan Tarlet
Du 12 novembre au 14 nobembre 2025
Au Théâtre Varia
Le monde est un enfer postapocalyptique. Les forces démoniaques règnent en maître dans les cœurs. Le Capitaine Makbeth, héros des forces armées du Roi Duncan, s’abîme dans une spirale qui le mènera à sa perte. Par des choix artistiques radicaux, le Munstrum adapte Macbeth de William Shakespeare avec tout son potentiel poétique et subversif.
Fondé en 2012 par Louis Arene et Lionel Lingelser, le Munstrum Théâtre se pose en vedette auprès de la jeunesse théâtrale. Leurs créations originales, sur des textes contemporains ou sur des classiques revisités, marqués par une esthétique puissante qui explore des thématiques sociétales fortes et qui conserve certaines idées fixes au fil des créations (les monstres, la métamorphose, les mondes qui s’effondrent et ceux qui naissent), la modernisation du masque en le pensant comme marqueur d’altérité et d’étrangeté, la revendication assumée du queer et du punk, plaisent.
Monter Shakespeare est presque un statement. S’il existe des titans au théâtre, celui-là est de taille et Macbeth, la pièce la plus sanglante du dramaturge élisabéthain, est empreinte d’une malédiction légendaire. Réputée immontable, la « pièce écossaise » est marquée par la pleine puissance des forces démoniaques qui dégoulineraient jusque dans le réel. L’approcher est chercher son tombeau…
L’irrévérence que revendiquent Arene et Lingelser pour décrire leur démarche fait donc du bien. Tout, jusqu’au titre, est adapté. Le « k » de Makbeth apporte un décalage et une modernisation brutale qui saisit l’œil et marque l’étrangeté. Il renvoie aussi aux anciennes graphies des chroniques d’Holinshed où Shakespeare puisa son sujet et rappelle une parenté avec le théâtre de l’absurde d’Ionesco (qui réinventa également le titre dans sa propre version de la pièce) ou avec Kafka (dont tous les protagonistes ont un nom en K).

Pas de quartier, donc. Au grand dam des gardiens du temple shakespearien, le matériau dramaturgique originel est remodelé, actualisé, punkisé, queerisé, trashisé. Loin de corrompre « l’esprit » de Macbeth ou de Shakespeare (le spectacle est en toute complaisance avec le baroque), le résultat promet une expérience unique à son public.
En effet, on entre dans Makbeth comme on entrerait en Enfer. La première scène terrifie et donne le ton. Un des tons. Scène de guerre ultraréaliste, bruits d’explosion fatale, fumée qui voile toute la scène de ténèbres, viol de cadavres, viol de femmes, soldats démembrés, cris bestiaux. On ne sait pas où on est, ni à quelle époque, qui fait la guerre à qui ou pourquoi.
Le travail corporel et chorégraphique millimétré de ce théâtre physique présente la violence brute et bestiale. L’espace de Makbeth est une dystopie postapocalyptique dans lequel on verrait bien Mad Max. Les costumes en matériau de récup’ accentuent d’ailleurs l’effet de recyclerie dystopique : les tenues en pneus tressés ou la robe de Lady Macbeth (Lionel Lingelser) en tente Quechua rappellent les débris d’un ancien monde.
Ainsi, l’humour, la folie et la joie de vivre ne sont pas absents du spectacle. Ils servent un propos subversif et une « manière de résister à la barbarie » diffus dans le spectacle. Le Roi Duncan (Delphine Cottu), con et gras, est bien loin du respectable souverain de Shakespeare. C’est un despote grotesque et tyrannique qui incarne d’emblée un pouvoir autoritaire en crise, comme le sera celui de Macbeth (Louis Arene), comme le sera celui des souverains qui suivent. Le fou (Erwan Tarlet) – personnage créé pour la pièce et de facture toute shakespearienne – se moque du pouvoir par des critiques acerbes, tout en étant à son service et à sa solde. Son ultime geste baroque montre sa vanité. Il est trouble.
De fait, les personnages ont une identité trouble et des relations interpersonnelles troubles. Le travail de la corporalité comme matière première se présente comme le seuil de l’esthétique du Munstrum. Avec les masques en Podiaflux créés par Louis Arene, leurs identités difformes, tuberculeuses et hybrides se rencontrent dans la rigidité de l’expression, l’absence de cuirs chevelu et l’étrangeté incertaine. Pas tout à fait en vie, pas tout à fait mort, ces visages masqués semi-expressifs dérangent les normes identitaires.
Macbeth, Makbeth ou Makpunk, qu’importe… Something wɨƙƙæ·đ this way comes.
