Titre : Le bâtiment
Auteur.ice : Medhi Bayad
Edition : J.C. Lattes
Date de parution : 07 janvier 2026
Genre du livre : Roman
Après une violente dispute survenue dans son couple, un homme quitte Bruxelles et part quelques jours sur une île au large de côtes belges. L’île n’est pas accueillante, les habitants encore moins et la tension montera d’un cran quand le narrateur sera confronté aux mystères qui entourent et qui remplissent le Bâtiment et ses pensionnaires.
Mehdi Bayad s’amuse avec ce roman, il ne s’agit pas pour lui d’écrire, mais, bien d’expérimenter, de tester, de s’engager dans des formes qu’on ne s’attendrait pas à trouver dans un roman classique. Expérimenter, c’est aussi le nœud de l’histoire-même. Le Bâtiment est un lieu de test, on veut y pousser à l’extrême certains pans de la société. Et comme toujours, les questions qui se posent sont pourquoi ? Et est-ce vraiment nécessaire d’en arriver jusque-là ?
Il est indéniable, qu’à la lecture, l’effet de surprise est présent, qu’il est plaisant. Cependant, quelque chose gratte ; chaque changement de style est annoncé et justifié par le narrateur. Si la démarche se comprend, elle alourdit plus qu’autre chose. Il manque peut-être de radicalité. C’aurait été plaisant que l’auteur ne justifie rien, nous offre simplement ces sauts stylistiques et nous laisse nous débrouiller avec ça. Nous laisse nous demander pourquoi.
On sent que Mehdi Bayad ne veut laisser personne sur le bord de la route. Son écriture s’attache à ne laisser aucune zone d’ombre dans le récit. Il s’attache par le truchement de nombreuses comparaisons à ne laisser aucune situation, aucune sensation, aucune émotion dans le flou et le trouble. Tandis que le récit cherche à nous perdre, il semble que l’écriture cherche à nous retenir, nous sécuriser.
Ceci est le premier roman de Mehdi Bayad qui n’en est pas à sa première écriture de fiction. Il a fait ses armes et ses succès à travers ses fictions sonores qui sont souvent saluées pour leur audace narrative et formelle. Mehdi Bayad est de ces auteurs qui cherchent à s’amuser, à ne jamais s’ennuyer sur une forme convenue et qui nous présente très généreusement le fruit de sa fouille ludique. Avec Le Bâtiment, le fond et la forme se rejoignent et se répondent. Alors qu’on suit l’histoire d’un narrateur bridé rencontrant d’autres personnes bridées, ce dit narrateur s’échappe, s’évade, s’extrait du réel par des portes narratives différentes.
Ne s’attendre à rien est le meilleur à faire en entamant la lecture. Ne s’attendre à rien et accepter le récit, accepter la proposition. Ne pas vouloir se laisser séduire, mais se laisser saisir.
