
La semaine où je ne suis pas morte
Scénario : Vincent Zabus
Dessin : Sara del Giudice
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 12 septembre 2025
Genre : Roman graphique
On oublie souvent qu’il y a ceux qui traversent l’adolescence la tête haute et ceux qui la subissent sans fierté. Qualifiée par ses camarades de bizarre, Juliette fait partie de la deuxième catégorie. Et c’est vrai que cette gamine, attirée par la mort, n’est pas franchement dans la norme. Elle est sa propre catégorie, loin de l’image parfois glamourisée de l’adolescente solitaire, voire punk. Non, Juliette est tout simplement taiseuse, imaginative et spontanée.
Juliette entretient, avec sa mère, une relation fusionnelle mais parfois agitée. Depuis le départ de son père – ou sa mort suggérée – les deux femmes partagent leur quotidien, leur peine et leur joie. Et puis Juliette invente des histoires qui baignent dans une mare de sang. Ses professeurs soulignent la finesse de son écriture, alors que ses camarades critiquent son esprit tordu. Mais quand elle les observe, elle ne voit que des crânes sans âmes : leur regard abyssal et leurs coutures apparentes. Elle perçoit peut-être la mort, mais ce sont eux qui la symbolisent le mieux.
Un jour, alors qu’elle se promène dans la forêt en imitant le hululement de la chouette, sa route croise celle d’un étrange garçon. Lui, le crayon en main, et elle, sa liberté animale, s’observent sans un bruit. Entre eux, commence une idylle en marge. Il dessine la nature en lui prêtant ses traits. Il la couronne en faisant d’elle sa femme hibou. Elle réalise qu’elle n’est peut-être pas si seule.
La semaine où je ne suis pas morte commence un lundi et se termine un dimanche. C’est un semaine banale dans la vie d’une adolescente : c’est-à-dire une semaine exaltée, en équilibre entre passion et souffrance. L’histoire assez simple de Vincent Zabus – quoique utile pour ces jeunes qui ne se reconnaissent pas dans l’attitude de leurs pairs – est habitée par le trait de Sara Del Giudice. Le dessin de l’Italienne oscille entre noirceur et couleurs, à l’image des émotions de Juliette. Elle offre au récit une identité graphique forte, lisible mais fraîche et dynamique. La semaine où je ne suis pas morte est d’ailleurs très à propos : avec sa dominante d’orange et de gris, l’ouvrage s’impose dans une ambiance automnale parfaite pour ce début d’octobre.
