L’automne est là et il amène avec lui une certaine mélancolie littéraire, une invitation à se blottir dans un fauteuil avec un livre, un plaid, un thé… C’est le cas pour vous aussi ? Ça tombe bien, car certains romans semblent parfois avoir été écrits pour accompagner ces journées plus courtes et ces soirées propices à la lecture. Voici trois pépites littéraires qui vous emmèneront en promenade dans les bois.
Les Filles du chasseur d’ours, des sauvageonnes dans la forêt nordique
★★★★☆

Elles sont sept sœurs aux airs de sauvageonnes. Avec leurs longues chevelures rousses, leurs muscles saillants, leurs gestes brusques et leurs joyeuses grossièretés, elles viennent vendre leurs peaux de bêtes au marché. Dans ce premier roman suédois traduit en français, l’autrice Anneli Jordahl fait un tableau de la Finlande contemporaine comme étant territoire légendaire où évoluent des créatures fascinantes qui défient les codes sociaux.
L’automne nordique imprègne chaque page de ce récit sauvage. Les filles du chasseur d’ours sont l’esprit rebelle de la forêt qui se pare de rouge avant l’hiver, créatures libres dans un monde qui ne cherche qu’à les domestiquer. Ici, la nature règne en maître absolu et les soeurs, marginales, indépendantes et forces, en sont les Reines.
Jordahl maîtrise ici une écriture puissante à tel point que le lecteur oscille entre réalisme contemporain et conte intemporel. Ces sept sœurs semblent sorties d’un mythe scandinave et questionnent la place de la femme dans la société. Mais ce côté sauvageon ne leur enlève aucune part de féminité. Leur histoire se lit comme conte féministe, comme une ode à la liberté, parfaitement accordée aux journées d’automne où l’on rêve d’échapper aux contraintes du quotidien.
Encabanée, ou l’isolement volontaire au cœur de l’hiver québécois
★★★★☆

Titre : Encabanée
Auteur.ice : Gabrielle Filteau-Chiba
Edition : Le Mot et le Reste/Folio
Date de parution : 2022
Genre : Fiction, Nature writing
Encabanée, c’est plus qu’un simple récit d’ermite moderne. Ce court roman constitue un véritable manifeste pour la décroissance et la reconnexion avec la nature. Lassée par un quotidien aliénant, Anouk quitte son appartement de Montréal pour une cabane abandonnée dans la région du Kamouraska. On y découvre son quotidien dans ce nouvel environnement naturel, primitif et isolé. Ce premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba est inspiré de son histoire personnelle mais va au-delà de la simple autobiographie pour devenir une méditation profonde sur notre rapport au monde.
Dans ce livre, c’est l’automne québécois qui sert de toile de fond à cette transformation intérieure. Chaque geste du quotidien (couper du bois, allumer un feu, puiser de l’eau) devient rituel sacré dans cette quête d’authenticité. L’écriture de Filteau-Chiba est d’une précision documentaire saisissante et parvient à plonger le lecteur dans cette existence simplifiée où chaque détail compte.
Ce roman interpelle particulièrement à l’heure où beaucoup questionnent leur mode de vie. Cependant, l’autrice ne verse jamais dans l’idéalisation : elle montre la rudesse de l’isolement, les moments de doute, la difficulté physique de cette existence choisie. Cette transparence rend le récit d’autant plus précieux et universel.
Du thé pour les fantômes, une enquête surnaturelle entre deux sœurs
★★★★☆

Titre : Du thé pour les fantômes
Auteur.ice : Chris Vuklisevic
Edition : Denoël/ Folio
Date de parution : 2023
Genre : Imaginaire
Félicité est passeuse de fantômes, elle ne dit que des vérités. Agonie, elle, est sorcière. Ces deux sœurs semblent former un duo improbable et c’est elles qui sont au cœur de ce roman singulier qui mêle enquête familiale et réalisme magique. Après trente ans de silence, la mort de leur mère Carmine contraint les sœurs aux dons surnaturels à collaborer pour élucider les mystères familiaux.
Préparez-vous à embarquer dans un univers qui frôle le vrai et le faux. Situé à Nice, on a la sensation d’être dans une histoire policière classique. Pourtant, Chris Vuklisevic a bâti un univers où le quotidien côtoie l’extraordinaire avec une fluidité remarquable. Les rituels magiques, les conversations avec les morts et les sortilèges s’intègrent naturellement dans un récit qui explore les blessures familiales et la difficulté du pardon. L’autrice est excellente dans la construction de ses personnages complexes et attachants malgré leurs défauts. Félicité et Agonie incarnent deux approches différentes du deuil et de la vérité. L’atmosphère gothique du roman est sans cesse ponctuée de rituels et de mystères. De quoi se fondre parfaitement dans l’ambiance automnale.
Alors ? Prêt à vous blottir sous un plaid avec un thé chaud pour découvrir ces romans cosy ? C’est tout ce qu’on vous souhaite.
