Titre : La maison des os et de la pluie
Auteur.ice : Gabino Iglesias
Editeur : Sonatine
Date de parution : 3 septembre 2026
Genre : Roman
Il était temps d’avertir les amateurs de reggaeton : l’endroit qui a souvent servi de décor aux clips de Bad Bunny n’est pas aussi idyllique qu’il n’y paraît. Malgré ses allures chamarrées, ses maisons colorées nichées à flanc de montagne, le quartier portoricain de La Perla possède, en fait, sa part d’ombre. Et ça, personne ne le sait mieux que Gabe et ses amis. Si malgré son jeune âge, Gabe a déjà connu beaucoup de souffrance, dont celle de perdre son père, il est loin d’être le seul. À San Juan, les gens disparaissent, fauchés par les ouragans ou emportés par le trafic de drogue.
S’il y a bien une chose que toutes ses épreuves ont apprise à Gabe, c’est qu’il n’y a rien que ne peut pas vaincre la loyauté. Alors quand la mère de son ami Bimbo se retrouve avec une balle dans le crâne, laissant ses enfants orphelins, Gabe n’a pas d’autres choix que de le soutenir. Même si cela l’oblige à faire des sacrifices. Bimbo, qu’on appelle ainsi parce que son air bouffi lui fait ressembler à un gros nounours, se transforme en loup, prêt à traquer les meurtriers jusque dans la tombe. Il montre les crocs et appelle aux représailles.
La vengeance n’est pas tellement un plat qui se mange froid pour ces justiciers qui manquent de préparation. Par contre, il doit se consommer vite. Gabe, Xavier, Tavo, Paul et Bimbo, armés de calibres et de détermination, devront affronter l’un des plus dangereux narcotrafiquants de l’île. Mais également l’ouragan Maria qui, d’après les dires des anciens, pourrait bien être l’un des plus meurtriers de l’histoire. Maria, comme la mère de Bimbo. Un prénom divin qui devient le présage d’événements dévastateurs.
La Maison des os et de la pluie peut se vanter de compter parmi les conseils de lecture de l’écrivaine argentine Mariana Enriquez. Et à cela, rien d’étonnant. Comme elle, Gabino Iglesias s’inscrit dans un courant littéraire qu’on appelle réalisme magique. Il y a, d’un côté, l’aspect très pragmatique de l’intrigue qui joue sur la violence et la présence des cartels sur l’île. Mais cette réalité en rencontre une autre, tout aussi sombre, inspirée des mythes et des traditions. Et le mélange des deux crée un univers intrigant, d’une noirceur hypnotique.
L’ouragan Maria est habité par une présence. Celle d’alliés qui protègent nos justiciers de leur propre impulsivité. Mais aussi celle d’un esprit bien plus sombre et puissant. Déchaîné. À Porto Rico, chaque catastrophe réveille des créatures étranges : des monstres marins aux visages aplatis et des bébés dont les dents transpercent leur palais. Et c’est dans cette partie que Gabino Iglesias dévoile toute la portée de son talent. Son écriture se métamorphose comme les créatures dont il fait la description. Elle devient tranchante, d’une poésie qui n’a rien à envier à Notre part de nuit. La Maison des os et de la pluie devient aussi esthétique et mystérieux que le suppose son titre. Et ce, pour le plus grand bonheur des lecteurs qui attendent de la rentrée littéraire qu’elle les surprenne.
