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    La guerre par d’autres moyens, un lynchage en bonne et due forme

    En 2019, Karine Tuil s’était faite remarquée avec Les choses humaines qui lui avait valu le Prix Goncourt des lycéens. Et des choses humaines, il en est à nouveau question. Dans La guerre par d’autres moyens, Karine Tuil démonte pièce par pièce deux secteurs compliqués : la politique et le cinéma.

    S’il y a un domaine dans lequel l’incarnation d’un personnage est encore plus important qu’au cinéma, c’est bien en politique. Et Dan Lehman, ancien président de la République, ne sait manifestement plus comment monter sur scène. Depuis sa défaite à la dernière présidentielle, il ressasse. L’oubli lui est insupportable, maintenant qu’il a connu la gloire. Ses électeurs, déçus, estiment qu’il n’a pas été à la hauteur des idéaux de gauche qu’il incarnait. Ils lui ont préféré une potiche d’extrême droite.

    Qui plus est, son couple bat de l’aile. Il regrette d’avoir quitté Marianne pour une jeune actrice allemande avec qui il vient d’avoir une fille sourde de naissance. Pourquoi a-t-il remis une pièce dans la machine, lui qui a déjà sur les bras, trois enfants adultes, dont une militante féministe ? Dan Lehman se sent accablé. Par cette nouvelle génération qui fustige tout ce qu’il représente. Par ses anciens électeurs qui lui reprochent son mandat. Par les attaques antisémites dont il est de plus en plus souvent victime. Alors il se réfugie dans la bouteille.

    Alcoolisme, ambition, wokisme, antisémitisme, cinéma, littérature, politique, handicap et inégalités de genre. Voilà des domaines qui peuvent facilement se prêter au jeu de la caricature. Karine Tuil en profite. Avec une verve de satiriste, elle se lâche. Tout le monde en prend pour son grade, et particulièrement les hommes d’un certain âge, blanc, hétérosexuels et avec une forte tendance à se croire supérieur. On sent que l’autrice française prend du plaisir à se glisser dans la peau de cet homme qui passe son temps à excuser ses propres faiblesses, de cette femme qui, derrière ses grands principes, se laisse berner par le premier connard venu, ou encore de celle qui espère se faire repérer en remplissant le rôle de doublure nu.

    Mais La guerre par d’autres moyens possède les défauts de ses qualités. À vouloir aborder trop de sujets, Karine Tuil s’égare. Elle pèche moins par flemme que par excès d’ambition. Mais le résultat est le même. Certains arcs narratifs – qui, dans ce cas, se présentent souvent comme des critiques sociales – finissent un peu en eau de boudin. L’autrice française qui s’était fait connaître avec La décision ou encore Les choses humaines se permet de grossir parfois le trait, perpétuant certains clichés qui, dans un climat politique compliqué, peuvent avoir un impact désastreux. Mais à côté de ça, Karine Tuil se révèle très habile quand il s’agit de donner aux personnages principaux une certaine complexité ou encore de créer un espace de divertissement pour le lecteur. La guerre par d’autres moyens se consomme rapidement et, savoureusement, en nous montrant ce que la société a de plus indigeste.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    Titre : La guerre par d'autres moyensAuteur.ice : Karine TuilEdition : FolioDate de parution : 13 aout 2026Genre : Roman En 2019, Karine Tuil s’était faite remarquée avec Les choses humaines qui lui avait valu le Prix Goncourt des lycéens. Et des choses humaines, il en est à nouveau question. Dans La guerre par d’autres...La guerre par d’autres moyens, un lynchage en bonne et due forme