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    La Goûteuse d’Hitler, mourir à chaque bouchée

    L’histoire de La Goûteuse d’Hitler ne vient pas de nulle part. Le film adapte un roman de Rosella Postorino sorti en 2018 : La Assaggiatrici, un roman fictionnel inspiré de la vie de Margot Woelk qui a décidé de raconter pour la première fois son histoire en 2012, à l’âge de 95 ans. A l’écriture du livre, Margot Woelk était décédée et l’autrice a alors préféré s’orienter vers le roman fictionnel afin de pouvoir se laisser la liberté d’inventer ce qui n’était pas dans le témoignage.

    Cette histoire, c’est devenue celle de Rosa Sauer, une jeune femme allemande vivant à Berlin qui, suivant les conseils de son mari sur le front, va s’installer chez ses beaux-parents dans le village de Gross-Partsch en Prusse-Orientale. Mais c’est aussi un village à proximité du quartier général d’Hitler, le Wolfsschanze. Un matin, elle reçoit la visite de soldats SS qui viennent chercher plusieurs femmes seules du village et les amènent dans leur caserne. Elles seront chargées de goûter tous les plats qui seront servis au Führer qui a peur d’une tentative d’empoisonnement. Dans ce climat anxiogène où chaque bouchée peut vous faire mourir et où la fuite est impossible, ces femmes vont nouer entre elles des alliances, des amitiés et des pactes secrets, sans cesser d’espérer. Rosa de son côté n’est pas insensible au nouvel officier chargé de la sécurité du lieu.

    Comme on se doute, la partie fictionnelle a sûrement pris le pas sur la réalité qu’a vécue Margot Woelk. Et dans l’optique d’une adaptation cinématographique, il y a encore d’autres éléments qui sont susceptibles de changer. Malheureusement, dans ce cas-ci, on peut reprocher une simplification de l’histoire. Si on peut comprendre que les femmes qui entourent Rosa ne peuvent être toutes autant développées que dans le roman et que les qualités ou les défauts de chacune sont recentrées sur deux trois d’entre-elles. De même, la relation entre Rosa et l’officier SS n’est plus aussi complexe que celle créée par Rosella Postorino. Tout ceci a pour conséquence de rendre les personnages bien plus manichéens que dans l’œuvre ou dans la vie dont le scénario s’inspire.

    Mais le film a tout de même l’intelligence de garder l’axe féminin. Car au final, les événements de l’Histoire restent en fond du déroulement de l’intrigue. La caméra s’intéresse surtout à ces femmes qui vivent constamment dans la peur de ce qui peut leur arriver et qui sont en permanence dominées par un système qui ne les épargne pas. Oui, elles mangent à leur faim et sont payées confortablement, mais elles ne sont absolument pas libres d’accepter ce travail ou non. Et quand la peur devient trop forte, elles seront même menacées par les SS de leurs armes, comme des ennemies. Au milieu de ce chaos, ces femmes vont nouer des liens, des alliances, de querelles, mais au final elles se retrouvent toutes dans le même bateau, à la merci d’un système qui ne les considère que comme corvéables, objets de désir ou procréatrices.

    Au final, La Goûteuse d’Hitler est un film à voir. D’une part pour l’originalité de son propos et le fait qu’il peut montrer les problématiques de la condition féminine quelles que soient les époques. Mais le film ne peut s’empêcher de modifier le livre original et en oublie de conserver la complexité des protagonistes pour les rendre trop manichéens. Les gentils très gentils et les méchants très méchants, cela fait perdre la saveur aux ingrédients de ce film.

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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