La Belle-mère
Autrice : Moa Herngren
Éditeur : Buchet Chastel
Date de parution : 4 juin 2026
Genre : Roman psychologique
La Belle-mère est un roman psychologique très intéressant qui explore la dynamique des relations intimes. Au-delà d’une relation conflictuelle entre une jeune femme et sa belle-mère, il s’agit ici de mettre en parallèle une relation mère-fils fusionnelle et une relation de couple entre ce fils et sa compagne, qui tend à reproduire le même déséquilibre. Traduit du suédois, le roman maintient une ambiguïté permanente : rien n’y est tout noir ou tout blanc, et le lecteur qui cherche à porter un jugement sur les personnages ne cesse de douter.
Une relation triangulaire sous tension
Åsa, la quarantaine bien entamée, travaille comme consultante en communication à Stockholm. Elle a élevé seule son fils Andreas, désormais adulte. Lorsqu’Andreas emménage avec Josefin, Åsa sent qu’il commence à lui échapper. La communication entre la jeune femme et sa belle-mère est difficile, et Andreas se retrouve tiraillé entre deux loyautés. Lorsque le couple donne naissance à Sam, leur premier enfant, la sollicitude excessive d’Åsa est vécue comme une intrusion dans leur intimité. Andreas décide alors de couper les ponts.
Effondrée, Åsa aggrave son cas en cherchant à approcher la jeune famille par tous les moyens. Sa terreur de perdre le lien avec Andreas et Sam est telle qu’elle perd pied. Pour sortir de cette spirale infernale, elle se voit contrainte de confronter les blessures du passé.
Une narratrice peu fiable et fascinante
Côté suspense, le « secret » dévoilé dans les dernières pages est assez décevant dans la mesure où il n’opère pas de retournement majeur. Le roman n’en demeure pas moins extrêmement intéressant par l’ambiguïté des comportements et des situations qu’il dépeint.
Presque tout est raconté du point de vue d’Åsa. Celle-ci excelle à justifier ses comportements intrusifs par son amour pour Andreas, à tel point que le lecteur se sent parfois manipulé, ne pouvant s’empêcher de ressentir une certaine empathie pour cette femme rejetée par son fils unique. Dans le même temps, les tentatives désespérées d’Åsa pour retrouver son fils et son petit-fils génèrent un malaise croissant.
Peu à peu, le doute s’étend à la belle-fille. Åsa n’a-t-elle pas raison de penser que Josefin exerce une influence néfaste sur son fils ? Qui est la plus névrosée des deux ? Et surtout, pourquoi Andreas se sent-il obligé de choisir sans parvenir à trouver son équilibre ? Est-il condamné à reproduire le schéma maternel d’un amour exclusif et aliénant avec sa compagne ?
Une réflexion sur les liens toxiques
Qu’on soit en couple ou non, qu’on ait des (petits) enfants ou pas, La Belle-mère nous amène à réfléchir à notre propre « passif » familial, au risque de laisser nos insécurités polluer nos relations avec les autres, et à la difficulté de déterminer à partir de quel moment une relation devient toxique. Une lecture à la fois troublante et stimulante.
