Titre : Alors c’est bien
Auteur.ice : Clémentine Melois
Éditeur : Folio
Date de parution : 9 avril 2026
Genre : Témoignage
Quand vous êtes artiste, vous ne faites jamais les choses comme tout le monde. Mourir non plus. Si l’expérience de la mort est commune à tout le monde, celle de l’accompagnement et de la préparation des funérailles peut être vécue différemment. Dans Alors c’est bien, Clémentine Mélois raconte la mort de son papa, le sculpteur Bernard Mélois, en insistant non pas sur le deuil, les larmes, la souffrance (la sienne et celle de son père) mais plutôt sur le passage progressif d’un monde à l’autre, et la célébration du mortel.
Si les cimetières sont cachés derrière de hauts murs, à côté de décharges ou de parcs à conteneurs, les Mélois ont décidé d’en faire un sujet. Bernard Mélois se sait mourant. Sa famille et ses filles artistes, en particulier Clémentine, ont le loisir d’adapter leur travail et leur temps pour l’accompagner. Elles seront à ses côtés pour clôturer cette vie consacrée à la sculpture. Elles se décarcassent, avec la maman, les voisins et les amies pour vider son atelier, rempli de brols ramassés depuis des dizaines d’années pour en faire une salle d’exposition qu’il aura le temps de voir.
Si le père voulait commander son propre cercueil, avec la découpe des planches et leur mesure exacte, l’idée fut abandonnée. Par contre, Clémentine fit concevoir une belle croix en émail bleu, accolée au tombeau, qu’il put approuver. L’autrice aura des conversations avec lui pour savoir comment il voulait être enterré, avec quels vêtements et quels accessoires. Le cercueil, lui, fut customisé après sa mort, de mille et une choses qui composent une vie, en l’occurrence la vie de Bernard, dont la gentillesse et l’anarchie sympathique furent les moteurs de la famille, accompagné et soutenu par sa femme, Michèle, depuis 50 ans. Elle fut durant de nombreuses années la seule à rapporter de l’argent au foyer.
Clémentine Mélois trouve le ton juste pour parler de cet adieu intime à son papa qui meurt alors à un âge déjà avancé. Il ne s’agit pas d’un départ accidentel ni d’une maladie contre laquelle la médecine moderne se révèle impuissante. C’est la vie qui s’éteint. Accepter le départ de l’autre n’est pour autant pas forcément plus facile, s’il n’est pas préparé. Clémentine Mélois partage des réflexions ou des conversations eues les derniers mois de la vie de son père en axant la narration sur sa vie à lui et ses aventures à elle pour que les derniers moments de son père se passent bien.
L’autrice ne s’arrête pas sur son ressenti personnel. Elle est dans l’action, dans le faire, dans les gestes de présence. Elle veut être là pour son papa (poule). Alors c’est bien est un livre à la fois fort et fragile sur le temps qui passe, l’amour de longue durée de plus de 60 ans entre un homme et une femme qui vécurent parfois chichement, une famille heureuse (peu courant, dans la vie et la littérature), même imparfaite. Il n’y a pas de cadavre dans le placard, pas de violence ou de lourds secrets. Tout n’était pas rose, sans doute, il y avait des conflits, parfois, mais la vie était belle. Clémentine Mélois décrit la trajectoire d’un homme qui vécut de son art uniquement dès sa sortie des Beaux-Arts, montant et sculptant des formes, des personnages et des rêves sortis de sa tête mais aussi de ses mains, noires de crasse et de travail. Un homme qui maniait l’art du jeu de mots tout en ayant aussi un côté pompeux lorsqu’il parlait d’art et des artistes qu’il citait, lui qui avait ses habitudes devant la télévision, et qui aimait ses trois filles et sa femme comme personne.
Avec sa présence à ses côtés, sa fille Clémentine Mélois offre le plus bel hommage qu’elle pouvait offrir à son papa en créant à son tour un livre, jouant de cet art littéraire qu’elle maîtrise, pour parler de lui et de sa fin de vie. Il était convaincu que sa mort serait “aussi belle” que sa vie. Il était prêt à partir. Sur son lit, peu avant de mourir, malgré la souffrance, il se sentait bien. À la lecture de Alors c’est bien, on retrouve cette tendresse et cette triste présence mêlées qu’on retrouve lors des veilles de mourants qui partent apaisés. Un livre à mettre dans les mains de ceux et celles qui souhaitent faire de la mort un sujet de conversation.
