
Ketsudan
Scénario : Mud
Dessin : Motteler
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 27 mars 2026
Genre : Fantastique
1637. Première représentation du Cid de Corneille au théâtre du Marais. Rodrigue et Chimène s’aiment, mais la jalousie, le sens de l’honneur et du devoir viennent entraver leur idylle. Confrontés à un choix cornélien, ils devront batailler, au sens propre et figuré, pour faire triompher leur amour. Un scénario classique qui s’est imposé dans la littérature et au cinéma. Et si celui-ci était transposé à l’autre bout du monde, dans le japon médiéval du shogunat ? C’est la brillante idée mise en œuvre par Mud et Motteler qui se sont approprié le Cid de Corneille, gardant le découpage et la forme originelle – découpage en actes, dialogues en vers – adaptant uniquement le scénario au contexte local.
Harumi et Natsumé s’aiment et sont promis l’un à l’autre. Mais voici que Shogun élève Fuyusaru, père de Harumi, au rang de précepteur du jeune prince. Akitora, père de Natsumé, en prenant ombrage, humilie Fuyusaru qui se suicide. Dès lors, la voix de l’honneur commande à Natsumé de venger son père en tuant son futur beau-père. Que choisir ? L’honneur ? Ou l’amour ? Un choix cornélien, n’est-ce pas ?
Un récit universel
Si le choix de garder les dialogues en vers détonne à première vue, il permet aussi de prendre de la hauteur et de donner différents niveaux de lecture au récit. Ayant en tête l’intrigue principale, le lecteur peut ainsi se concentrer sur la beauté du dessin et vivre le récit comme une grande épopée lyrique. N’avoir en tête que le fil rouge de l’intrigue permet aussi de réaliser à quel point l’histoire du Cid est universelle et transposable à toutes les époques et sur tous les continents. Lors d’une seconde lecture, il peut enfin apprécier le talent du scénariste quant à l’adaptation du texte original dans le contexte japonais de l’époque, y compris le fait d’avoir introduit les yokais, ces créatures fantastiques de l’imaginaire japonais en lieu et place des conquérants maures.
Ketsudan est la preuve que l’on peut remettre au goût du jour de grands classiques de la littérature tout en gardant fraîcheur et vivacité au niveau de la mise en scène. Une expérience que l’on ne peut que vous conseiller de tenter.
