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    Juste une illusion, téléphone des années 80

    Il y a dans l’écriture un équilibre difficile à trouver. Celui de la dose de soi à mettre dans son histoire. Partons du postulat qu’on en met obligatoirement un peu. Notre rapport au monde, notre vécu, nos gouts et nos griefs façonnent la manière de penser, de parler de nos personnages, interviennent dans le choix de leurs noms, des activités qu’ils pratiquent, dans les villes qu’ils foulent. Et un film qui s’attèlerait à raconter quelque chose de très éloigné de son auteur peut paraitre froid, voire pas très juste. Au contraire, un long-métrage ne se basant que sur la vie de son/sa réalisateurice prend le risque de manquer d’universalité, de n’intéresser que celui/celle qui l’a écrit. Trouver un juste milieu entre un cinéma désincarné et un cinéma nombriliste, voilà le pari que chaque scénariste fait à chacun de ses films.

    Vincent a douze ans, il vit en région parisienne et prépare sa bar-mitsvah. Autour de lui, les années 80 transforment la société, le chômage croit en France après des années de plein emploi, la révolution informatique arrive à pas feutrés. Vincent grandit, tombe amoureux, tente de s’affirmer face à son frère et observe la lente déliquescence du couple de ses parents.

    On ne se trouve pas ici dans une histoire classique où le personnage doit faire quelque chose face à un changement radical qui l’empêche de rester passif. On est dans un récit de vie, un moment sans doute charnière, mais loin d’être exceptionnel. En étant vache, on pourrait résumer le film ainsi : le quotidien d’un ado lambda dans les années 80. Et c’est là qu’on retombe à la raison d’être de notre premier paragraphe. Parce que, qui étaient des ados lambdas dans les années 80 ?

    Éric Tolédano et Olivier Nakache ont eu 13 ans respectivement en 1984 et 86, ils sont tous les deux d’ascendance juive et ont grandi en région parisienne. Juste une illusion, ce n’est pas que l’histoire de Vincent, c’est aussi la leur. Le duo de cinéastes n’en est pas à son coup d’essai puisque c’est déjà leurs vécus qui les avaient menés à réaliser Nos jours heureux, un film basé sur leurs expériences en colonie de vacances.

    Ce qui appuie la notion de récit de vie, c’est sans doute l’absence d’un réel discours quant à la période. On est plus sur une ode nostalgique aux années 80 et à l’adolescence que sur une réflexion sur ce qu’elles étaient réellement. On ne raconte pas non plus un évènement précis et marquant. Le film est un témoignage très personnel et peu discursif qui fait le pari, plutôt risqué, d’être universellement intéressant.

    Bon, le témoignage n’est pas universellement intéressant. Et le long-métrage se passerait aujourd’hui que ça ne changerait pas grand-chose. Cependant, toutes les personnes ayant grandi dans ce quotidien s’y retrouveront forcément. Et ça concerne déjà pas mal de monde. Qui plus est, l’aspect comédie et feel good movie qui jalonnent la totalité de la filmographie des réalisateurs, rend le film très accessible et efficace quant à ce sentiment de nostalgie. Juste une illusion est loin d’en être une, c’est un récit honnête et divertissant, un film du dimanche qu’on prend plaisir à voir, qui réconforte et amuse, qui réussi donc ce qu’il entreprenait.  

    Alan Santi
    Alan Santi
    Journaliste cinéma et théâtre / Responsable jeux de société

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    Juste une illusionRéalisateurs : Olivier Nakache et Eric ToledanoGenre : Comédie dramatiqueActeurs et actrices : Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre LottinNationalité : FranceDate de sortie : 15 avril 2026 Il y a dans l’écriture un équilibre difficile à trouver. Celui de la dose de soi...Juste une illusion, téléphone des années 80