Je suis métisse, une BD autobiographique à la fois intime et pudique

Extrait de la bande dessinée « Je suis métisse » de Sayra Begum (Delcourt, 2023)

Couverture de la bande dessinée « Je suis métisse » de Sayra Begum (Delcourt, 2023)

Scénario et dessin : Sayra Begum
Éditeur : Delcourt
Sortie : 18 janvier 2023
Genre : Roman graphique, Autobiographie, Témoignage

Sayra Begum est née d’une mère bangladaise et d’un père anglais converti à l’Islam. Dans Je suis métisse, elle s’inspire de son vécu pour évoquer les conflits intérieurs de Shuna, une jeune femme tiraillée entre les injonctions à être « une bonne musulmane » véhiculées par sa famille et son désir d’intégration dans la société anglaise. Le résultat est un roman graphique très personnel mais aussi très pudique, au goût doux-amer.

Une double identité qui pèse lourd

Alors qu’elle devrait se réjouir le jour de son mariage, Shuna est triste : ses parents ne sont pas venus. Bien que résidant au Royaume-Uni, ils refusent que leur fille épouse un Anglais non musulman et rêvent de la voir s’installer au Bangladesh, leur pays d’origine. Shuna a-t-elle vraiment trahi les siens ? Comment expliquer l’intransigeance de ses parents ? Peut-on vivre heureux quand on est tiraillé entre deux cultures ? Je suis métisse cherche des réponses à ces questions en explorant les jeunes années de Shuna en une quinzaine de chapitres correspondant chacun à un (ensemble de) souvenir(s) marquant(s).

Bien que critique envers ses parents, l’héroïne cherche à les comprendre et à faire sens des contradictions liées à leurs identités multiples. Le poids de la religion, l’importance de la réputation au sein de la communauté, la suspicion vis-à-vis des couples mixes, les difficultés de communication entre les générations… figurent parmi les sujets évoqués.

Un univers mental riche en métaphores

Au ton très personnel du récit se mêle une retenue assumée. La pudeur amène l’autrice-dessinatrice à passer sous silence certains aspects de sa vie à l’extérieur de la famille, qu’il s’agisse de comportements considérés comme « impies » ou de situations émotionnellement douloureuses. Cette pudeur se traduit aussi par des métaphores reflétant ses états d’âme et ses sentiments vis-à-vis des membres de sa famille, laissant au lecteur le loisir d’imaginer les détails.

Le dessin noir et blanc de Sayra Begum peut paraître un peu déstabilisant au premier abord. Les sourcils arqués et les traits peu expressifs des visages donnent une impression de froideur. Toutefois, une empathie se créé peu à peu au fil de la lecture. Le texte, rédigé à la première personne, apparaît comme un témoignage authentique. Il touchera plus particulièrement les lecteurs qui, comme l’autrice, peuvent dire d’eux-mêmes : « Je suis métisse ».

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