HHhH se partage entre horreur et héroïsme

HHhH

de Cédric Jimenez

Historique, Action, Thriller

Avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell

Sorti le 20 septembre 2017

Loin de la pègre marseillaise et de son trafic de drogue, HHhH, le troisième long-métrage de Cédric Jimenez (La French) exhume un événement peu connu de la Seconde Guerre mondiale. Ce film historique revient sur la redoutable destinée du nazi Reinhard Heydrich tout en mettant en lumière l’acte héroïque de Joseph Gabcik et Jan Kubis, deux jeunes militants qui sont parvenus à l’assassiner.

Surnommé « le boucher de Prague », « la bête blonde », « le bourreau » ou encore « l’homme au cœur de fer » par Hitler (c’est dire la brutalité du personnage), Reinhard Heydrich (Jason Clarke) connait une ascension fulgurante au sein de l’appareil nazi. Après avoir été renvoyé de la Marine par la Cour martiale pour une affaire de mœurs, Heydrich est mis, par l’intermédiaire de son épouse Lina (Rosamund Pike), une nazie convaincue, en contact avec Himmler. Il sera chargé par celui-ci de fonder un service de renseignements. Nuit des longs couteaux, Einsatsgruppen (groupes d’intervention responsables des tueries de masse), planification et organisation de la Shoah… Jusqu’à sa mort, Heindrich est associé au pire du régime nazi. Le 27 mai 1942, l’opération Anthropoïd voit le jour. Deux agents sont chargés d’éliminer Heydrich devenu le protecteur adjoint du Reich de Bohême-Moravie. Considéré comme l’un des plus hauts faits d’arme de la résistance en Europe occupée, cet acte de bravoure n’a cependant pas été sans conséquences pour la population. La répression nazie fut terrible et les victimes se sont comptées par centaines. Lidice, une commune tchèque a subi le même sort qu’Oradour-sur-Glane en France. Elle a été complètement rasée par les nazis. Les hommes ont été fusillés, les femmes et enfants ont été déportés dans des camps de concentration.

Tourné à Budapest, le film HHhH est une adaptation du roman homonyme du Laurent Binet sacré du Goncourt (prix du premier roman) en 2010. Le titre n’est pas expliqué dans le film, il renvoie au surnom du planificateur de la solution finale : himmlers hirn heisst Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich). Du roman, Cédric Jimenez conserve la construction en deux temps mais éclipse les réflexions personnelles de l’écrivain autour de la fictionnalisation de l’histoire. Là où le romancier Laurent Binet menait une autre guerre dans la guerre en opposant fiction romanesque et vérité historique dans son ingénieux roman, le réalisateur français ne s’embarrasse pas de questions existentielles sur la manière d’adapter l’histoire à l’écran. Il opte pour un traitement à l’américaine en mêlant séquences d’action et scènes mélodramatiques. Et si son casting international comporte des acteurs de grande envergure (prestations époustouflantes de Jason Clarke et de Rosamund Pike), il faut bien avouer qu’un film se déroulant durant le 3ème Reich avec des nazis parlant en langue anglaise fait tout de même un peu sourciller surtout si on se soucie un tant soit peu du réalisme de l’histoire.

En découpant le récit en deux parties, le réalisateur français a fait un choix narratif périlleux. Ici, le double cheminement autour du nazi et des résistants ne fonctionne pas vraiment et produit même une cassure narrative. D’un côté, on retrouve le pire en revenant de manière appuyée sur le parcours machiavélique d’Heydrich avec de nombreuses ellipses et scènes funestes qui remuent fortement les tripes. De l’autre, on découvre le meilleur de la nature humaine par l’entremise des agents de la résistance et de la mise sur pied de l’opération secrète. Mais cette deuxième partie manque cruellement de souffle : les personnages sont trop peu incarnés pour prendre vie et les intrigues ne sont pas suffisamment développées pour nous prendre réellement aux tripes. Sans doute dépassé par l’ampleur du sujet et la volonté de couvrir tous les événements, le réalisateur français a n’a pas réussi à opérer les choix nécessaires pour obtenir un résultat plus abouti.

Le film n’en est pas moins haletant et éprouvant sur presque toute sa longueur. Qui plus est, il demeure une charge percutante contre la barbarie et une ode au geste héroïque d’une poignée de résistants qui se sont sciemment sacrifiés pour venir en aide à leur nation.

Marie-Laure Soetaert
A propos Marie-Laure Soetaert 129 Articles
Journaliste du Suricate Magazine