
Fuori
Réalisateur : Mario Martone
Genre : Biopic, Drame
Actrices : Valeria Golino, Matilda De Angelis, Elodie Di Patrizi
Nationalités : Italie, France
Date de sortie : 14 janvier 2026
Goliarda Sapienza, reconnue sur le tard, est aujourd’hui considérée comme l’une des grandes autrices du 20eme siècle surtout grâce à L’Art de la joie, son roman le plus connu. Son œuvre, dense et fiévreuse, est profondément marquée par ses idéaux anarchistes et sa soif de rébellion. Fuori la suit dans les années 1980, à sa sortie de prison, alors qu’elle tente de renouer avec son quotidien. Goliarda cherche à achever et faire publier l’œuvre de sa vie, tout en errant dans Rome aux côtés de Roberta et de leurs compagnes d’infortune et de lutte.
Avec Fuori, Mario Martone adapte deux textes de Sapienza : Les Certitudes du doute et L’Université de Rebibbia. C’est sans doute là que le bât blesse : à trop vouloir en dire, Martone ne dit rien. Malgré des actrices talentueuses et une photographie globalement efficace, le film ne parvient jamais à trouver son équilibre. Le réalisateur tente de provoquer un foisonnement qui ferait écho à celui de l’œuvre de Sapienza, mais il perd ses personnages — et les spectateurs — en chemin.
Rome est pourtant filmée avec soin et luminosité. Le centre, grandiose, reste relégué à l’arrière-plan, à peine perceptible lorsque les deux femmes y déambulent, filmées en plans serrés. À l’inverse, les intérieurs ou les quartiers pauvres, autour de la prison, gagnent en ampleur et en signification. Mais ces images ne suffisent pas à émouvoir. Les thématiques sont pourtant porteuses — liberté, amour, rébellion— mais restent à l’état d’esquisses.
Même s’il y a de belles idées dans cette adaptation : on retiendra notamment un joli moment de communion entre les femmes libres et leurs anciennes compagnes de prison, séparées par les murs de Rebibbia. Certaines scènes de souvenirs entre amies et amantes touchent aussi par leur intimité, mais elles sont constamment alourdies par la mise en scène. La complexité narrative n’est pas une fin en soi : ici, les flash-backs et flash-forwards ne font que diluer le propos, sans jamais atteindre la richesse et la profondeur qu’on serait en droit d’attendre d’une adaptation de Sapienza.
Les tentatives de Martone pour faire exister le désir entre Goliarda et Roberta se révèlent tout aussi maladroites. Ce désir ne semble jamais pensé pour révéler l’intériorité des personnages, mais plutôt comme un simple ressort destiné à provoquer le scandale. Cette approche atteint son paroxysme dans la scène de la salle de bain, située à l’arrière-boutique d’une parfumerie. Oscillant entre mauvais film d’horreur et fantasme érotique daté, cette séquence illustre parfaitement la subversion artificielle et dépassée que le réalisateur plaque sur son biopic.
Avec une galerie de personnages féminins finalement peu développés, Martone semble croire qu’il suffit d’aligner des figures marginalisées dans les quartiers pauvres de Rome pour restituer la radicalité et la transgression propres à Sapienza. Or, la rébellion de l’autrice ne se résume pas à un décor ou à une accumulation de postures.
Malgré quelques images soignées et de bonnes intentions, Fuori reste prisonnier de son propre cadre et peine à restituer la liberté et la fièvre de Goliarda Sapienza. L’interview d’archives de l’autrice, diffusée au générique, agit comme un cruel rappel : sa présence, son intelligence et son charisme dépassent largement ce que Martone parvient à transmettre.
