
Blue Moon
Réalisateur : Richard Linklater
Genre : Drame, Comédie, Biopic
Acteurs et actrices : Ethan Hawke, Bobby Cannavale, Andrew Scott, Margaret Qualley
Nationalités : USA, Irlande
Date de sortie : 14 janvier 2026
Présenté à la Berlinale en février 2025, le nouveau film de Richard Linklater sort sur nos écrans trois mois après Nouvelle Vague (2025) et marque sa neuvième collaboration avec l’acteur américain Ethan Hawke. Inspiré de la correspondance entre le parolier Lorenz Hart et sa jeune protégée, Linklater signe un huis clos charmant, certes un tantinet anecdotique pour le public francophone, mais entièrement porté par son interprète principal.
1943. Sept mois avant sa mort, Lorenz Hart (Ethan Hawke), parolier célébré de Broadway grâce à sa collaboration avec le compositeur Richard Rodgers (Andrew Scott), assiste à la première de Oklahoma!, qui marque la première association de Rodgers avec Oscar Hammerstein. Miné par ses excès et un récent passage à l’hôpital, Hart voit sa réputation ternie. Il quitte la salle discrètement pour rejoindre en avance le restaurant où se tient la réception. Au Sardi’s, il oscille sans cesse entre le bar, où il se confie au serveur Eddie (Bobby Cannavale), et la salle attenante où se retrouvent les figures du milieu : Rodgers, Hammerstein, et Elizabeth (Margaret Qualley), la jeune protégée que Hart courtise.
Là où Nouvelle Vague racontait librement la naissance d’un mythe, Blue Moon se présente comme le récit d’un déclin : un état des lieux feutré et intime de la vie et de la carrière de Lorenz Hart. Les murs du Sardi’s, célèbres pour leurs caricatures de personnalités de Broadway, servent de miroir cruel à cette chute. En entrant, Hart constate que son portrait a été déplacé, tandis que ceux de Rodgers et Hammerstein trônent côte à côte, annonçant leur succès à venir. Deux citations ouvrent le film, décrivant Hart à la fois comme un être vibrant et comme « l’homme le plus triste jamais connu ». Ethan Hawke incarne parfaitement cette dualité, passant d’un état à l’autre à mesure qu’il traverse les deux pièces principales du restaurant.
Hart affirme lui-même que le spectacle ne commence réellement que lorsqu’il se lève pour se mêler aux autres invités, soulignant le masque qu’il abhorre autant que la théâtralité assumée du film. Plus tard, alors que la réception bat son plein en haut des escaliers, Lorenz gravit quelques marches pour se confier à Richard, sans jamais atteindre le premier étage. Méconnaissable, Ethan Hawke semble prendre un plaisir évident à composer ce personnage à la fois pédant et tragique, fougueux et cynique, relégué sur le bas-côté de la profession. Du côté de Linklater, l’ambition apparaît plus opaque : projet passion mûri pendant une décennie, Blue Moon donne parfois l’impression d’un film transitoire, conçu avant tout pour braquer sa lumière sur le talent de son acteur et la complexité de son personnage principal. Les performances d’Andrew Scott et de Margaret Qualley viennent subtilement compléter et complimenter celle d’Ethan Hawke, Linklater les mettant souvent en scène de manière à souligner la petite taille de Lorenz Hart, figure qui, au sens propre comme au figuré, peine à se hisser à leur hauteur. Si le réalisateur refuse la caricature du show-business et entoure son portrait de Lorenz Hart d’une évidente tendresse, le récit s’achève néanmoins sur une note anecdotique et pour le moins modeste.
