
The Christophers
Réalisateur : Steven Soderbergh
Genres : Comédie, Drame
Acteurs et actrices : Ian McKellen, Michaela Coel, James Corden
Nationalité : Grande-Bretagne
Date de sortie : 28 juillet 2026
Ce qui s’ouvre comme un film de casse autour d’une œuvre inachevée se transforme peu à peu en un huis clos passionnant qui interroge moins la valeur de l’art que les liens invisibles qui président à sa création. En enfermant un vieux maître et une jeune restauratrice dans une maison remplie de toiles, de mensonges et de secrets, Steven Soderbergh délaisse rapidement le suspense pour mettre en scène une joute intellectuelle où s’affrontent deux générations, deux conceptions de l’art et, plus largement, deux manières d’habiter le monde.
Julian Sklar (Ian McKellen), immense peintre retiré de la scène artistique depuis des décennies, n’a plus produit la moindre œuvre depuis longtemps. Pourtant, ses célèbres « Christophers » continuent de s’arracher à prix d’or, tandis qu’une série inachevée alimente les fantasmes du marché de l’art. C’est cette collection que Lori Butler (Michaela Coel), restauratrice, peintre et faussaire à ses heures, est chargée de retrouver puis d’achever à la demande des enfants du peintre, davantage préoccupés par la valeur marchande des tableaux que par leur histoire.
Le film semble d’abord jouer avec plusieurs pistes : la frontière entre original et copie, la possibilité d’imiter un geste artistique ou encore le rôle du marché dans la fabrication du génie. Mais derrière ces questions affleure déjà une autre interrogation, plus discrète : celle des figures invisibles qui participent à la création sans jamais en recevoir le crédit. Ces réflexions servent surtout de terrain à une confrontation jubilatoire entre Ian McKellen et Michaela Coel.
Les rôles ont été écrits spécifiquement pour Ian McKellen et Michaela Coel, et cela se sent. McKellen est, comme toujours, impérial. Il compose un artiste bourru, d’une arrogance délicieuse, dont les certitudes se fissurent peu à peu jusqu’à laisser entrevoir une profonde vulnérabilité. Face à lui, Michaela Coel aurait pu n’être qu’un simple contrepoint générationnel. Le scénario joue d’ailleurs avec cette possibilité, avant de la déjouer. Forte de l’aura qu’elle s’est forgée depuis I May Destroy You, de sa présence physique fascinante et de son charisme magnétique, elle s’impose comme une véritable partenaire de jeu, capable de tenir tête à McKellen sans jamais chercher à l’imiter. Leur face-à-face finit par incarner, à lui seul, tout ce que le film raconte sur la transmission, l’héritage et les liens invisibles qui façonnent une œuvre.
Mais The Christophers finit par déplacer son centre de gravité. Derrière les débats sur la propriété d’une œuvre se cache une autre question, bien plus touchante : à qui appartient réellement la création ? Au peintre qui signe ? À celui qui exécute ? Ou à celle ou celui qui inspire ?
Comme le suggère son titre, le film choisit finalement de rendre à Christopher ce qui lui appartient peut-être depuis le début. Les « Christophers » cessent alors d’être uniquement les tableaux d’un grand artiste pour devenir le témoignage d’une relation, d’une influence et d’une présence longtemps invisibilisée. En réhabilitant la figure de la muse, Steven Soderbergh et Ed Solomon rappellent que la création n’est jamais un geste solitaire. La valeur d’une œuvre ne réside plus seulement dans son authenticité ou son prix, mais dans les liens humains qui l’ont rendue possible. C’est cette idée, plus encore que les mystères du scénario, qui donne au film sa véritable émotion.
