Frantz, rupture et académisme

frantz poster

Frantz

de François Ozon

Drame

Avec Paula Beer, Pierre Niney, Ernt Stötzner, Marie Gruber, Johann von Bülow

Sorti le 7 septembre 2016

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En adaptant une pièce de théâtre de Maurice Rostand, déjà portée à l’écran par Lubitsch en 1932, François Ozon trouve l’occasion d’aborder à nouveau le domaine du drame historique, genre auquel il ne s’était essayé qu’une seule fois avec Angel en 2007. Frantz est tourné en noir et blanc, probablement pour rendre compte d’une certaine âpreté du sujet.

Au lendemain de la première guerre mondiale, dans un petit village allemand, Anna porte le deuil de Frantz, son fiancé tué au front, et vit avec les parents de celui-ci. Un jour, alors qu’elle va voir la tombe de Frantz, elle trouve un jeune français venu la fleurir. Il se présente comme Adrien, un ami parisien du défunt lorsque celui-ci habitait en France. Tandis que le jeune homme se rapproche de la famille de Frantz, heureuse d’entendre des souvenirs du fils disparu, la présence d’Adrien provoque de vives réactions au village, dans une Allemagne défaite.

Durant les deux tiers du films, Pierre Niney – dans le rôle d’Adrien – est le seul acteur français au milieu d’un casting allemand. S’il s’exprime majoritairement en allemand, comme le reste des comédiens, son jeu n’en est pas moins différent, plus tendu, comme s’il était le seul acteur de composition dans un ensemble naturaliste. Si cette impression est très certainement volontaire, elle n’en est pas moins déstabilisante, et la prestation de Niney incongrue.

Il faut dire que le reste du casting se conforme – presque religieusement – à un modèle froid, uniformisé par le noir et blanc, et qui semble calqué sur la mise en scène et la tonalité générale du Ruban blanc de Michael Haneke. Ozon n’assume apparemment pas cette influence pourtant flagrante, et tente de trancher dans cette esthétique qui ne lui convient pas en se permettant quelques incursions dans la couleur, souvent pour suggérer une licence poétique, une évocation, un rêve ou un souvenir. S’il conçoit manifestement ces parenthèses de couleur comme une manière de trancher dans une continuité assez austère, elles ne font en réalité qu’accentuer le poids de l’académisme qui alourdit son film.

François Ozon se rêve sans doute en cinéaste du pervertissement d’univers corsetés, mais ce Frantz met en lumière l’un des plus grands paradoxes de son cinéma. En voulant à tout prix apporter des ruptures là où un jusqu’au-boutisme radical serait plus approprié, il ne fait que revenir au classicisme, à cet entre-deux bien pratique qui baigne une grande partie du cinéma d’auteur à visée « grand public » mais ne produit aucun trouble, aucune déflagration, et par conséquent aucune originalité.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine

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