Le Fidèle, un morose film de gangsters

Le Fidèle

de Michael R. Roskam

Drame, Policier

Avec Matthias Schoenaerts, Adèle Exarchopoulos, Jean-Benoît Ugeux

Sorti le 4 octobre 2017

Si le sujet du cinéma belge apparaît au cours d’une discussion, il est fort probable qu’il soit question de ses tendances les plus connues : celle du cinéma iconoclaste et décalé, qu’on retrouve dans des films aussi variés que C’est arrivé près de chez vous et Toto le Héros, ou celle du cinéma social, très épuré, qui appartient surtout aux frères Dardennes. C’est en tout cas ce pour quoi il est réputé. Mais le septième art ne se limite pas à ces deux niches en Belgique  : il est multiple, et l’émergence très forte ces dernières années du film de genre l’a confirmé. D’Ardennen, Angle Mort, De Premier, et bien d’autres films riches en scènes d’action font désormais partie du paysage cinématographique de notre plat pays. Une diversification qui s’avère aussi frustrante que fascinante.

Avec son dernier long-métrage, Le Fidèle, Michaël Roskam s’inscrit clairement dans cette mouvance. Récit de la relation (forcément) maudite entre une pilote de courses (Adèle Exarchopoulos) et un braqueur de banque (Matthias Schoenaerts), il comporte les mêmes qualités et défauts qui font de D’Ardennen et consorts de si frustrantes expériences. La mise en scène, nerveuse, y est particulièrement efficace, la narration est ambitieuse, mais l’écriture maladroite et une fâcheuse tendance à se complaire dans la cruauté et la morosité en font de grosses déceptions cinématographiques.

La première heure, pourtant, est prometteuse : Michaël Roskam nous offre une belle démonstration de son talent derrière la caméra et s’impose, le temps de quelques scènes de braquages assez spectaculaires, comme un des meilleurs réalisateurs belges d’action. Il se montre particulièrement habile dans sa manière de cacher les limitations de son budget, multipliant les stratagèmes pour immerger le spectateur dans le feu de l’action, et lui faire oublier son absence de moyen. Sa mise en scène n’est pas complètement exempte de défaut — on note de-ci de-là une coupe malheureuse ou une action peu lisible —, mais le sentiment d’être entre les mains d’un professionnel du cinéma, inventif et qualifié, domine.

Le Fidèle est certainement un film ambitieux, comme l’en attestent ses multiples inspirations : on pensera à Martin Scorsese, qui était déjà une influence majeure sur Rundskop, mais avec son récit d’amour impossible, de mensonges entre conjoints et de scènes de braquages qui tournent mal, Le Fidèle évoque surtout le cinéma de Michael Mann. La comparaison n’est pas toujours flatteuse, puisque le film n’a ni la prestance de Heat, ni la beauté tragique de Thief, mais l’influence de Mann apporte occasionnellement un beau souffle au récit de Roskam.

Contrairement à ce que ses inspirations très américaines pourraient suggérer, Le Fidèle est un film fermement ancré dans son territoire, qui exhibe fièrement ses racines. Des décors aux références, le cadre et la culture belge y sont instantanément reconnaissables. La bière est la boisson de choix, les bars sont bruxellois et les accents viennent de Namur comme d’Anvers. Et si le moindre doute subsistait quant à la nationalité du film, les langues parlées le dissipent complètement : le français et le néerlandais s’alternent constamment, parfois même au milieu d’une phrase.

Si l’on s’adapte assez facilement au procédé, on ne peut s’empêcher de constater que les dialogues ne font pas partie des points forts du film. Roskam parvient à remarquablement bien capturer l’esprit de camaraderie qui réside entre ses personnages dans les scènes de groupes, lorsque les répliques fusent à bon train, mais se révèle moins habile quand il s’agit d’entrer dans l’intimité. Une fois en face à face, nos tourtereaux s’échangent surtout des platitudes ou des phrases trop écrites.

À l’écran, Exarchopoulos et Schoenaerts forment un couple relativement crédible : suffisamment convaincant pour nous permettre de nous attacher quelque peu à eux, mais certainement pas assez fort ou touchant pour justifier les 130 minutes que le film leur consacre. On perd rapidement intérêt dans leur histoire maudite, et lorsqu’il devient clair (assez tôt dans le récit) qu’une issue tragique à celle-ci est inévitable, le film se fait particulièrement fastidieux – une collection de scènes déprimantes, pesantes, prévisibles, et surtout, peu émouvantes.

C’est un problème qui afflige autant Le Fidèle que les autres films de sa mouvance : tous semblent mettre un point d’honneur à nous emmener le plus péniblement possible dans le désespoir de leur récit, comme si, afin d’être pris au sérieux en temps que film de genre, il était nécessaire d’être sombre et cynique. Mais il n’y a pas de valeur artistique supplémentaire à faire un film déprimé, et en l’absence d’un vrai propos, Le Fidèle résonne comme une coquille vide, une belle promesse de cinéma jamais tenue.

Adrien Corbeel
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Journaliste du Suricate Magazine

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