More

    Etude 7 [d’après CROWD] :  Rave en perception

    Pour la première fois en Belgique, Etude 7 [d’après CROWD] de Gisèle Vienne s’installe au cœur de la chapelle des Brigittines. Cet écrin donne à l’œuvre une dimension suspendue, et pourtant tout à propos. Etude 7 est qualifiée de « négatif » du spectacle CROWD, un classique du répertoire de la chorégraphe, décrit comme une « plongée dans une rave party où mouvements et fictions entrent en vibration ». Ici, trois interprètes nous font revivre cette expérience hypnotique, dans la lenteur effrénée des corps qui se meuvent sur la musique, et parfois dans le silence. Leur rencontre raconte ce qui se joue entre les lignes : le manque, la violence, la contrainte, la solitude et le besoin de se sentir vivant, ensemble.

    L’effervescence d’une rave party pourrait référer à une masse humaine grouillante qui s’active sur une musique forte. Mais ici, c’est le ralenti des corps en mouvement qui s’installe sur les pulsations rythmiques de la partition techno qui accompagne le spectacle. Deux interprètes — Sophie Demeyer, Theo Livesey — entrent successivement sur le plateau couvert de poussière marron et, dans un coin, de quelques détritus. Ces corps se meuvent avec une lenteur magnétique, laissant, dès le début du spectacle, un trouble s’installer quant à la réception de ce qui nous est donné à voir. Bientôt rejoints par une troisième âme, le ballet de ces trois corps en slow motion nous emporte dans une expérience sensible du temps : une temporalité propice aux interstices, laissant apparaître les besoins – vitaux – de celleux que l’on voit danser. Gisèle Vienne prend à rebours le temps de la fête pour en révéler les fissures et donner à voir l’urgence des corps. Dans la danse et dans l’errance de celleux venu·e·s danser en rave, la fiction se déploie.

    Pendant 90 minutes, leurs physicalités – parfois synchronisées, saccadées, souvent ralenties – et leurs interactions composent cette histoire tout à la fois inédite et indescriptible. Le travail de Gisèle Vienne a cette spécificité : elle cherche à atteindre nos perceptions par son travail du mouvement. Elle passe les corps à la loupe pour en décomposer les instincts et les réflexes, les transformant en objets d’analyse de nos humanités. Il en résulte un moment non linéaire, qui s’apparente davantage à une temporalité psychique que réelle, faisant du « temps » un matériau qui reconfigure les corps et laisse voir les violences, les désirs et les ambivalences. La lumière, par le cadre qu’elle impose, raconte elle aussi les rapports entre les trois figures, donnant parfois au récit une qualité cinématographique. Elle est aussi complice de la transformation de nos perceptions, alternant entre clair-obscur, ombres et lumières.

    La performance des trois danseur·euse·s est exceptionnelle : une hyper-maîtrise musculaire permet de donner à un mouvement de quelques secondes une portée étendue, et ainsi de faire apparaître, dans les postures, les micro-gestes et les états de corps, la résistance et l’urgence. La fiction nous met face à l’intimité profonde de ces corps empêchés, aux prises avec les systèmes de domination. Cela résonne fortement avec un état du monde — désynchronisé, lui aussi. Au-delà du choc esthétique et de la performance, Etude 7 porte en lui la sensualité du désespoir.

    Derniers Articles

    Conception, chorégraphie Gisèle VienneAvec Sophie Demeyer, Theo Livesey, Katia PetrowickDu 10 février au 14 février 2026 Aux Brigittines Pour la première fois en Belgique, Etude 7 de Gisèle Vienne s’installe au cœur de la chapelle des Brigittines. Cet écrin donne à l’œuvre une dimension suspendue, et...Etude 7 [d’après CROWD] :  Rave en perception