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    Échardes, où le « je » est multitude

    Bien qu’il soit catégorisé comme tel, Échardes n’est pas seulement un recueil de poèmes. Il s’agit plutôt d’un journal intime, plein de souvenirs d’enfance et de moments marquants, positifs comme négatifs dans la vie de son autrice. Tout commence, logiquement, par le commencement. Dans le ventre d’une mère à en devenir, là où la vie se développe avant d’être cadenassée dans des rôles genrés par une société trop compartimentée. Lylybeth Merle, militante queer et drag, couche sur ces pages les réflexions qui la taraudent depuis cinq ans. Des réflexions sur le genre féminin, masculin et autre, mais aussi sur le monde qui l’entoure. Des questions qui tournent en boucle dans sa tête depuis le jour où elle n’a plus le droit de porter son tutu couleur caramel. Parce qu’elle est, d’après la biologie, née il. À cause de données prétendument scientifiques, elle n’a pas le droit de l’être.

    Échardes est alors également un conte féministe et queer. Du début à la fin, Lylybeth s’interroge, se désole, s’insurge face aux normes et aux cases. « Parfois, dit-elle, je suis fâchée contre le français. Mais n’est-ce pas nous qui ne comprenons pas comment jouer ? Il a tellement de possibilités, autant que de genres à essayer. » Grâce aux mots, elle nous invite à voir l’identité de genre de manière plurielle. Après tout, pourquoi la barbe ne pourrait-elle pas être un symbole de féminité ? Et si, finalement, il existait autant de genres qu’il existe de personnes ? Les déconstructions faites par ses réflexions amènent à repenser non seulement ce que c’est qu’être une femme ou un homme, mais aussi ce que c’est qu’être.

    Enfin, Échardes est aussi un écrit écoqueer. Au milieu des poèmes, il y a des rituels, ces chants d’oréades marquant une pause de reconnexion à soi et à la nature. Comme les feuilles des arbres, l’ouvrage respire. C’est une bouffée d’air frais qui sent la terre, les fleurs et le soleil. Par-delà le genre, Lylybeth répand les graines d’un « je » fluide dont la construction n’appartient à personne d’autre que soi.

    En nous partageant ce qu’elle a écrit pendant des années, Lylybeth Merle a créé une véritable expérience sensorielle. Les pages vivent par le fait qu’elle ne nous partage pas que des poèmes mais ses émotions. Ainsi, le livre pénètre dans la chair et ne laisse pas indifférent·e. On pense à un échange entre elle et son père, magnifiquement retranscrit par sa plume talentueuse. Cet extrait à lui seul démontre l’importance de s’écouter et de s’aimer les un·es les autres par-delà les différences. Échardes est à lire et à relire pour pleurer, rire, se révolter, en bref pour se sentir vivre, tout simplement.

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    Titre : EchardesAuteur.ice : Lylybeth MerleEdition : L'arbre de DianeDate de parution : 12 février 2026Genres : Poésie Bien qu'il soit catégorisé comme tel, Échardes n'est pas seulement un recueil de poèmes. Il s'agit plutôt d'un journal intime, plein de souvenirs d'enfance et de moments marquants, positifs comme négatifs dans la vie de son autrice....Échardes, où le « je » est multitude