Titre : Dieu bénisse l’Amérique
Auteur.ice : Mark Safranko
Editeur : 10/18
Date de parution : 5 mars 2026
Genre : Roman
Publié en 2011, Dieu bénisse l’Amérique fait partie d’un cycle que Mark SaFranko dédie à son alter-égo, Max Zajack. Quinze ans après, ce petit bijou tragicomique est de nouveau édité en format poche par la maison d’édition 10/18.
Quand Mark SaFranko extrait la matière littéraire de son enfance, ça donne Max. Max Zajack grandit dans une banlieue industrielle du New Jersey, flirtant avec le désespoir, à défaut de pouvoir assouvir son jeune mais immense appétit sexuel. Et encore avant ça, avant d’avoir l’âge de s’astiquoter la nouille, Max est un gamin polonais qui connaît surtout la colère de son père, la rancœur de sa mère et la sévérité des bonnes sœurs.
La famille de Max représente la désillusion du rêve américain. Le travail est dur et l’argent manque. Dès qu’ils apprennent l’existence d’un nouveau parent ou le récent mariage fortuné d’une tante éloignée, les Zajack s’invitent pour plusieurs jours dans la perspective d’y trouver un avenir plus prometteur. Ils vivent dans l’espoir, déçus de leur propre condition. Et cette frustration, Max en est l’héritier. Lui qu’on envoie chez les nonnes, parfaire son éducation dans un cadre austère et peu accueillant.
C’est la loi de la jungle. Max n’est pas particulièrement doué ni vraiment charismatique. Au mieux, il suit les brutes pour ne pas subir leurs brimades. Pour ne rien arranger, tout le monde a l’air un peu névrosé dans sa famille. Ça « ondule de la toiture ». Ça « bat la breloque ». Et pendant ce temps, Max ne rêve que d’une chose. Pas l’ascension sociale derrière laquelle courent ses parents. Non, lui ce qu’ils désirent par dessus tout, c’est tremper le biscuit.
Quand au bout de la cinquantième page, il y a déjà eu quatre vomis abondants, le lecteur sait que l’Amérique sera bien bénie. Pas besoin d’être devin pour le comprendre : l’univers de SaFranko n’est pas joyeux. Mais il n’est pas misérabilisant non plus. Mark SaFranko raconte une jeunesse qui cherche à s’émanciper. Il raconte l’art de la débrouille et la chance de celui qui a appris à ne rien attendre. Max avance sans faire d’efforts, mais avec une naïveté contagieuse.
Le petit macaron « livre culte » accolé sur la couverture n’est pas mensonger. Ou du moins, il mérite de le devenir. Dieu bénisse l’Amérique est véritablement hypnotisant, et cela, il le doit notamment à son écriture fleurie. La langue de Mark SaFranko est imagée. En prélevant ses expressions directement à même le bitume, il fait de son vocabulaire argotique une force littéraire. Ça donne au texte un petit côté désabusé, à l’image de son personnage principal et narrateur. Max parle de sa biroute ou de sa bistouquette quand il évoque son engin. Il multiplie les manières de nommer une branlette, comme si elles étaient infinies. Il décrit avec force de détails les fayots, les pervers ou encore les sangsues. Et il faut bien le lui reconnaître ça fait son charme.
