
La sculptrice
Texte et illustrations : Quentin Vijoux
Éditeur : L’Agrume
Date de parution : 13 mai 2026
Genre : Roman graphique
C’est quoi « être fou » dans une société malade en perdition ? Alors qu’une catastrophe surnaturelle se prépare, les habitants d’une ville se préparent à changer de vie. Coline, elle, avance tant bien que mal, seule, bien décidée à lutter. Non pas contre la nature, mais contre l’idée qu’on se fait d’elle. Avec une grande finesse, La sculptrice parle de solitude, d’espoir et d’estime de soi, dans une époque dystopique, entre thriller et fantastique.
Jeune artiste désœuvrée, Coline se rend au vernissage de l’exposition de son ancienne camarade de classe et amour de jeunesse, Sigrid Citadelle. Dans cette galerie d’exposition guindée, Coline débarque en sweat à capuche et banane en bandoulière, trempée par la pluie. On ne voit qu’elle mais personne ne voit Coline. Bousculée, ignorée par l’artiste, l’héroïne se confie à un autre camarade retrouvé là… jusqu’au drame. Une statue se brise, un corps emprisonné se dévoile et des regards accusateurs se tournent injustement vers elle.
L’absurdité d’un rêve, la cruauté d’un cauchemar
À mi-chemin entre la BD et le roman graphique, La sculptrice s’affranchit des cases pour offrir une narration fluide, libérée, dans un décor onirique. Les sculptures et intérieurs grandiloquents, comme le cabinet du médecin de Coline, à la hauteur sous plafond démesurée, avec portrait géant de hamster, entretiennent un certain mystère. La palette chromatique simple et épurée, avec deux couleurs principales qui se côtoient et se mélangent, un rouge puissant et un bleu profond, accentue cette sensation d’étrangeté. L’ensemble nous embarque dans une succession d’événements impromptus et nous fait ressentir le poids qui pèse sur les épaules de Coline, et sa lente perdition.
La jeune artiste doit prouver qu’elle n’est pas folle, et cette preuve doit provenir de son entourage. Mais au même moment, ses repères disparaissent les uns après les autres, son environnement le plus proche se transforme et, au moment où elle a le plus besoin d’aide, tout le monde s’en va. Un triste compte à rebours est lancé et souligne aussi bien l’urgence pour Coline de se retrouver que l’objectif vain de sa mission.
La fidélité à ses valeurs
Alors que le futur se dissout, devient de plus en plus incertain et sans issue, Coline continue, persévère. L’eau monte petit à petit, provoque des instabilités et même des réactions violentes de la part de la population, mais il en faut plus pour l’arrêter.
La jeune artiste marche sur l’eau et continue de faire preuve d’empathie et d’intérêt sincère pour l’autre. Elle pose des questions, cherche à créer du lien mais ses tentatives restent sans réponse. Une humanité qui sonne comme de la folie dans un climat marqué par la défiance et l’individualisme. Le bureau de la Gestionnaire de bien-être de l’entreprise de son amie illustre à nouveau l’absurdité de cette société presque engloutie.
En se battant pour ses valeurs, Coline s’affirme et trouve une nouvelle voie faite pour elle, en laissant se noyer le conformisme et les faux-semblants. Preuve que la fidélité à celui ou celle que l’on est gagnera toujours, qu’importe les épreuves. Une lecture intrigante et solaire à la fois, qui ne laisse pas de marbre et se dévore en quelques instants.
