Titre : Du revers. Quand le tennis devient littérature, mélancolie et beauté du geste
Auteur : Luis Torres de la Osa
Éditeur : Métailié
Date de parution : 10 avril 2026
Genre : Essai
Le tennis, c’est un sport où le public peut voir, si la luminosité est correcte, une balle jaune projetée d’un bout à l’autre d’un terrain rectangulaire, à l’aide d’une raquette tenue par des joueurs et des joueuses qui s’en servent pour donner des coups (à ladite balle), marquer des points, remporter un set, gagner le match. Le tennis, c’est de ce sport dont il n’est pas entièrement question dans Du revers. Quand le tennis devient littérature, mélancolie et beauté du geste. Ce que ce livre raconte, vraiment, c’est plutôt la mélancolie d’un homme de bientôt 40 ans qui se remémore ses jeunes années, désormais quasiment disparues, de ce sport, mais aussi des filles, du sexe, de la mort et des choix irréversibles.
Luis Torres de la Osa est un malicieux, et à défaut d’avoir été un joueur de tennis de tenure internationale sur la durée, il se consacre à son projet d’écriture, avec quelques doutes qu’il partage, il est vrai. Son projet est donc de saisir un état d’âme. Il décide pour ce faire de décrire des morceaux de sa vie, sous la forme de bribes, de listes, de fragments anarchiques et explosés de 40 années tournées vers le tennis, les échecs, l’écriture, la musique classique. C’est un livre qui n’est pas à conseiller aux fans de sport uniquement, si ces mêmes fans n’ont pas d’affinités avec la littérature. Si l’écriture est facile à lire, la structure du récit risque d’en surprendre plus d’un.
En fait, de récit, il n’y en n’aura pas, et on ne peut nier avoir été agacé à certains moments de la lecture, tant l’auteur vise à créer une somme décousue, si ce n’est ultime (celle-ci aurait déjà été écrite par David Foster Wallace, qui parle de Federer dans un court texte, une expérience religieuse), sur ce que serait le tennis (mis en parallèle avec les échecs). Luis Torres de la Osa est brillant, et bien que Du revers frise la répétition perpétuelle, il y échappe à chaque fois, renouvelle son propos alors même qu’il analyse et cite tout du long Nabokov et Lolita ainsi qu’une partie de tennis emblématique du bouquin connu pour être un des meilleurs du XXe siècle.
Si ce côté « taxidermie » du tennis, qui voudrait épingler et fixer un sport dont les échanges ne peuvent qu’être éphémères, tout en réfléchissant aux qualités possiblement artistiques de ce sport, peut épuiser, l’autre versant qui se dessine lentement est plutôt fascinant. Car Luis Torres de la Osa raconte aussi ce gamin qui découvre que de son sexe sort un liquide qui le met en joie à la vue de la poitrine de la voisine d’à côté, et qu’il réalise alors qu’il va devoir prendre une décision entre la coke, le sexe, la vie et le tennis (au niveau professionnel).
Plus encore que la puberté et les branlettes collectives, dont Luis Torres de la Osa parle de manière très pudique, voire chaste (le moment le plus drôle, surprenant et osé du livre est lorsque l’auteur décrit sa première masturbation, quand sa mère débarque peu après l’instant fatidique, qu’elle sent l’essuie qui a servi à éponger sa semence écoulée, et qu’elle lui demande de but en blanc s’il a éjaculé), l’auteur parle du regret, des occasions révolues, de l’âge qui passe, de la nouvelle génération qui arrive, de la mélancolie qui colle, de la mort inexorable. Des questionnements infinis. Et s’il avait continué le tennis, au lieu de tout arrêter du jour au lendemain, où en serait-il aujourd’hui ? Qu’aurait-il eu à dire de la vie, à (presque) 40 ans ? Aurait-il irrémédiablement opposé « vie » et « tennis » ? Que faire des choix que nous avons posés et qui sont maintenant derrière nous ? Comment accepter la mort du temps, de la jeunesse, du futur ? Luis Torres de la Osa n’a pas de réponses et en loser sublime, s’abîme dans son art littéraire pour tendre un miroir sur nos vies à tous et toutes.
