Cataractes, la magla se lève sur les Balkans

titre : Cataractes
auteure : Sonja Delzongle
édition : Denoël
sortie : 11 avril 2019
genre : thriller

Dans les Balkans, le village de Zavoï a disparu, avalé par les eaux et noyé sous des torrents de boue suite à un glissement de terrain. De cette catastrophe, Jan Kosta, âgé de trois ans, survivant orphelin, ressort à jamais abîmé. Sauvé par un homme qui le protègera jusqu’à ce qu’il retrouve sa famille – ce qu’il en reste du moins -, Kosta va grandir en tentant de retrouver une vie normale.

Quelques années plus tard, le petit Kosta et ses cauchemars toujours remplis de boue, est devenu hydrogéologue. Comme si grâce à cela, il pouvait conjurer le sort et prévenir désormais ce qui pourrait peut-être encore un jour engloutir un autre village.

Un jour, il reçoit l’appel d’un ami ingénieur qui lui demande de revenir à Zavoï, là où se tient maintenant une centrale ; il s’y passe des événements étranges et le comportement de certaines personnes devient imprévisible, voire dangereux. En parallèle, les moines du monastère de Temska ont tous disparu, sans laisser aucune trace. Une population de fous et de désaxés les a remplacés, repeuplant les murs du monastère, devenu un hôpital psychiatrique.

Cataractes est une plongée délicieuse dans la culture balkanique et un point de vue plus sordide sur la nature humaine. Il se dégage des personnages principaux une puissance et une force qu’on associe aisément à cette culture. Et malgré leurs failles, ils traversent l’histoire avec brio et droiture. Le récit est prenant, de page en page, on désire savoir, on désire donner un ordre et une raison d’être à ces crimes commis, on désire savoir ce qui est arrivé aux moines et ce désir n’est pas un simple attrape-lecteur basé sur des rebondissements à la grosse louche. Le récit file, solidement ancré dans ce pays tragique et revanchard, il se tisse doucement mais sûrement à l’aide d’une écriture oscillante, tantôt prenante, tantôt un peu plus laborieuse.

Ce qui est à retenir avant tout, c’est que tout le livre est un cri d’amour aux Balkans, à ses paysages grandioses et purs, à ses peuples fiers et forts et à son histoire trouble et violente. On suit Kosta et la journaliste Marija évoluer dans le Grand Balkan, la Stara Planina, montagne imposante et sauvage qui attire les gens et les retient lorsque la magla, le brouillard dense, se lève, menaçant. C’est une nature à la fois généreuse et hostile, écho d’une nature humaine qui nous révèle ses bons et ses mauvais côtés.

La magla se lève dans Cataractes et ce qu’elle laissera au lecteur le temps d’entr’apercevoir ne sera pas doux.

Elodie Kempenaer
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Journaliste