Texte Adeline Dieudonné
Mise en scène Jean-Michel Frère
Avec Simon Wauters
Composition (d’après Pierre et Le Loup de Serge PROKOFIEV) & interprétation musicale Passion Panda (Éric Bribosia, Catherine De Biasio, Gil Mortio)
Du 21 avril au 26 avril 2026
Au Théâtre des Martyrs
En 1936, Serguei Prokofiev créait une fable musicale où un petit garçon capturait un loup pour sauver ses amis animaux. Imaginé comme un outil pédagogique ludique, Pierre et le Loup a marqué des générations d’enfants. Au Théâtre des Martyrs, Canis Lupus en propose une relecture sombre et dérangeante. Dans cette version contemporaine, le texte et la musique sont détournés de l’œuvre originale pour explorer les ravages de l’inceste, la filiation et la peur de l’oubli.
Une confrontation avant l’oubli
Ecrit par l’autrice Adeline Dieudonné, le spectacle s’ouvre sur un huis-clos. Coincés dans un vieux chalet sous une pluie battante, un fils et son père se confrontent à leurs souvenirs. Le père, atteint d’Alzheimer, n’apparait pourtant jamais physiquement. L’espace est plutôt mental et très incertain, le récit oscillant en permanence, et de manière décousue, entre fragments de mémoire et projections intérieures. Cette approche, volontairement opaque, désoriente pendant très (trop ?) longtemps le spectateur.
Ce n’est qu’à la fin du spectacle que les pièces du récit vont s’assembler et qu’une vérité enfouie depuis l’enfance va se révéler. Pierre dévoile alors un passé d’abus, non pour accuser, mais pour chercher une forme de reconnaissance et de reconstruction. Il cherche avant tout à faire admettre les faits à ce père en train de perdre la mémoire. Son objectif est de faire reconnaitre son vécu et d’amorcer un chemin vers l’acceptation, voire le pardon. En filigrane, une peur persiste : devenir à son tour un « loup » pour son propre fils.
La musique comme partenaire essentielle
Si le fil conducteur du texte pourra paraitre nébuleux, l’interprétation de Simon Wauters est convaincante. Intense et maîtrisé, il parvient à traduire toute la complexité émotionnelle du personnage principal, entre fragilité persistante et nécessité de se reconstruire. La scénographie, avec ses découpages frénétiques de loups en papier et son esthétique dépareillée, prolonge cette immersion dans cet esprit hanté.
La réinterprétation musicale est le grand atout du spectacle. Les trois musiciens du groupe Passion Panda mêlent sur scène avec finesse pop, jazz et rock en faisant continuellement écho à la partition originale. Loin d’un « simple » accompagnement, la musique constitue un véritable rôle. Elle structure la narration, capte l’attention (surtout quand les douces voix des artistes se font entendre), et domine même régulièrement le texte lui-même.
Un conte pour adultes
Sous ses airs de relecture, cette œuvre singulière interroge Pierre et le Loup comme symbole de prédation et de destruction. A partir de cette symphonie si connue, elle aborde les blocages mentaux liés à l’inceste, la complicité silencieuse et les mécanismes de domination. Sans céder à une victimisation excessive, le spectacle esquisse surtout un chemin vers la reconnaissance, tentative fragile mais si nécessaire pour se reconstruire.
