Bonne pomme, pomme pourrie

Bonne pomme

de Florence Quentin

Comédie

Avec Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Chantal Ladesou

Sorti le 30 août 2017

Co-scénariste historique d’Étienne Chatillez (La Vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danielle, Le Bonheur est dans le pré), Florence Quentin tente depuis 2001 de réaliser elle-même certains de ses scénarios, souvent dans la même veine que celle qu’elle a auparavant creusée avec Chatillez. Premier film de la réalisatrice depuis dix ans – et l’échec commercial et critique de son troisième long métrage (Leur morale… et la nôtre) – Bonne pomme mise énormément sur le face-à face entre deux « monstres sacrés », selon la formule consacrée et frelatée, à savoir Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, qui se donnent ici la réplique pour la dixième fois de leurs carrières.

Garagiste et cocu notoire de son état, Gérard commence sérieusement à en avoir marre d’être pris pour une bonne pomme par son entourage, et décide de partir seul dans le Gâtinais, pour reprendre un petit garage dans un village perdu, presque hors du monde. Mais, là aussi, le gentil Gérard continue d’être légèrement manipulé par les villageois, à commencer par le propriétaire du garage qu’il souhaite racheter et, surtout, par la patronne de l’auberge d’en-face, la fantasque Barbara.

Dans le petit monde merveilleux de la comédie française, personne ne doute de rien : ni les acteurs de premier plan (ici Depardieu et Deneuve, donc) avec une longue carrière et un long passif derrière eux, qui semblent ne plus se rendre compte qu’ils tournent dans des âneries et le font avec abnégation et bonne volonté comme s’il s’agissait de la future palme d’or, ni les transfuges de la télévision ou autres comiques troupiers (ici Ladesou, Tonquédec ou encore Ludig) espérant percer dans le cinéma et trop contents de donner la réplique à leurs héros d’antan, ni le réalisateur – ou la réalisatrice, en l’occurrence – qui a la prétention de pondre un film très personnel, alors qu’il ou elle est en train de faire du Plus Belle la vie de luxe, avec la caution de « grands » acteurs et projeté sur « grand » écran.

Tout est donc à l’avenant dans Bonne pomme, des dialogues surécrits et malgré tout indigents à la mise en scène pataude, en passant par un petit parfum rance de nostalgie pittoresque. Vaudeville amélioré déguisé en fantaisie décalée, le film de Florence Quentin n’a même pas le charme désuet que l’on est au moins en droit d’attendre de ce type de comédies vieillottes. Et, perdus entre les cabotinages routiniers de Chantal Ladesou, Guillaume de Tonquédec et même de Catherine Deneuve, le spectateur se consolera à peine avec le jeu toujours débonnaire et le détachement de bon aloi d’un Depardieu en pilotage automatique mais égal à lui-même.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine