« Attendez ma venue aux premières lueurs du 3e jour. À l’aube, regardez à l’est. » C’est ce que Jésus avait dit à ses disciples le jeudi avant sa crucifixion, prévoyant sa renaissance le dimanche pour venir sauver ses amis d’une mort certaine dans la bataille du Gouffre de Helm. Et au BIFFF, à l’aube du troisième jour, on est (déjà) plus proches des cochons en route vers l’abattoir que de l’agneau pascal. Entre films japonais qui cassent le quatrième mur ou qui font la promo du sport, Olivier Gourmet en ennemi de Sandrine Rousseau, un réalisateur qui un peu trop vu la série Dark, un team-building qui dérape et un nanar qui dégomme, on a vu du lourd ! Et ce n’est que le début. Mais on a déjà perdu Matthieu. T’es où Matthieu ? Ah mais oui, les gnous.

You Are the Film, quand le quatrième mur est pulvérisé
Imaginez : vous êtes dans une salle de cinéma vide — au BIFFF par exemple, à l’époque du Cinéma 2 (RIP) — pour voir un film d’auteur hyper niche qu’un de vos nombreux potes chelous vous a conseillé pour « encourager l’art local ». Soudain, vous réalisez trois choses :
• Le personnage principal est lui aussi venu voir un film d’auteur hyper niche conseillé par un pote bizarre.
• Ce film, c’est votre propre réalité.
• Vous parvenez à communiquer avec ledit personnage.
Alors, vous faites quoi ?
Bon, j’admets que le BIFFF n’est pas forcément l’endroit où l’on rêve de communiquer avec l’écran… mais suivez l’idée ! Moi, je joue le jeu. Je le faisais déjà gosse, en insérant un personnage qui me ressemblait pour modifier l’histoire à ma sauce. Je vous rassure, à l’époque, les personnages ne me répondaient pas (ou du moins, je ne l’ai jamais dit à personne).
Mais ici, non seulement ils se répondent, mais ils vont s’entraider ! Il y a une histoire de multivers là-dedans, mais pas besoin de s’encombrer de longues explications. Le film ne se prend pas la tête. Au contraire, il conserve une certaine retenue, une simplicité qui offre au récit une légèreté agréable. On devient spectateur d’une espèce de « tranche de vie » version folie douce.
Cependant, ne vous fiez pas trop à mon champ lexical de la douceur : on reste dans un film de genre japonais projeté pendant la Crazy Japan du BIFFF. Il était évident qu’à un moment, tout allait partir en vrille… mais je n’en dirai pas plus. O.Ek.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : l’araignée toute cute qui s’est posé sur l’accoudoir a côté de moi

New Group, le sport c’est bon pour la santé
Dans une petite école japonaise où chacun tient son rôle, se forme une pyramide humaine qui crée un engouement malsain chez tous les élèves et provoque, chez les professeurs, des petites crises de colère, ma foi, un peu dramatiques. Si vous avez l’air de ne pas vouloir entrer dans la pyramide, vous vous faites DÉFONCER. Alors oui, il y a beaucoup plus dans le film, évidemment, mais c’est marrant de le résumer comme ça.
Clairement, on a une belle critique de la société japonaise avec New Group. Avec des images fortes — les figures de gymnastique menaçantes, c’est quand même une sacrée vision — et une métaphore qui fonctionne. Malgré l’étrangeté du choix, on n’a pas de mal à rentrer dans l’ambiance lugubre qui nous est proposée. Ici, le Japon cède à la folie que peut amener cette conformité, devenant ainsi une mauvaise parodie d’elle-même : les collégiennes martyrisent les autres, les paparazzi deviennent violents. Bref, rien de très beau dans ce monde très, très gris. Au milieu de tout ça, on a Ai, une adolescente un peu cassée qui ne comprend plus sa relation avec ses parents, et Yu, un jeune adolescent fraîchement débarqué dans le collège qui tente de comprendre dans quel genre de pétrin il s’est fourré.
C’est donc une chouette critique de la société, tout ça, tout ça… mais ce qui va déranger, c’est la fin. L’explication. La conclusion de cette histoire ! L’absurdité de la chose est peut-être, peut-être, un petit peu trop poussée. Et pourtant ! C’est un peu le plaisir qui existe avec les films japonais : si tu as compris la majorité du film et que t’as kiffé le reste, t’as pas besoin d’explication. Tu termines le film avec un grand sourire béat, en te disant : « J’ai pas tout compris, mais c’était cool. Encore ! » O.Ek.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : le doudou de Karrodo qui était probablement possédée

Gibier, balance ton porc
Vous aimez la viande ? OUIIIIIIIII ! Vous aimez les barbecues ? OUIIIIIIIIIII ! Vous aimez le bacon ? OUIIIIIIIIII ! Alors, Gibier est fait pour vous ! Jugez plutôt : on y suit un groupe de bouffeurs de quinoa (sûrement des supporters de l’Union Saint-Gilloise) qui vont installer des caméras dans un abattoir pour y dénoncer les maltraitances animales et le faire fermer. Mais ça, c’est sans compter sur Belin (Olivier Gourmet), le big boss de l’abattoir qui se présente aux élections locales et qui se passerait bien de la polémique. Du coup, il va être prêt à tout pour récupérer ces images. Tout ? Serait-il prêt à ne pas hurler « FREEEEEEEDOM » avec Mel Gibson en regardant Braveheart et à ne pas verser une larme au moment où son mouchoir s’échappe de sa main après que le bourreau lui ait tranché la tête ? Faut pas exagérer. Mais à presque tout quand-même ! Et ça tombe bien que je vous parle de liberté, parce que ce Gibier en fait une de ses thématiques principales.
Je peux bien vendre mon âme au Diable. Avec lui, on peut s’arranger. Puisqu’ici, tout est négociable. Mais vous n’aurez pas. Ma liberté de penser, nous disait Florent. Et là, c’est la liberté de nos amis écologistes de pouvoir diffuser des images compromettantes qui est mises à mal en même temps que la liberté la plus basique des animaux envoyés à l’abattoir de pouvoir disposer d’eux-mêmes. Jusqu’ici, c’est du classique. Mais le la réalisation d’Abel Ferry va plus loin et interroge sur la liberté des employés de l’abattoir d’exercer leur métier et de pouvoir subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Gibier, c’est une plongée extrême sur ce dont les humains sont capables quand ces libertés sont menacées. Jusqu’où sont-ils prêts à aller ? Et si un petit coup de pouce (un ancien militaire psychopathe uniquement là pour jouer à Call of Duty dans la vrai vie par exemple) se présente, que leur dit leur conscience ? Vont-ils s’opposer à des actes barbares qui les dépassent ou vont-ils suivre le mouvement ?
Véritable survivaliste à la mode Milgram, ce Gibier frappe fort et très juste grâce à des acteurs brillants et une mise en scène dense et sans concession. Et surtout, il nous pousse à nous interroger : où est le point de bascule du film ? Que justifie-t-il dans la tête des protagonistes ? Et surtout : comment aurait-on réagi à leur place ? Loin des stéréotypes trop souvent éculés sur les causes militantes et sur les camps adverses, Gibier se pose en spectateur de l’humanité et des monstruosités dont nous sommes tous capables sans pour autant tomber dans la facilité de résumer celles-ci à des actes isolés commis par de soi-disant monstres. Et il vous laissera avec de nombreux questionnements et des images fortes. Ou bien avec une envie de manger du bacon comme mon voisin de droite. C’est selon. O.Egg.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : Babe, le cochon évadé qui a été adopté par l’équipe du film

Imposters, mais y a quoi dans cette caverne ?
Quand on enchaîne les films dans un festival, 1h42, ça peut être effrayant à affronter. Et ni le titre, ni l’affiche, ni le genre (horreur et science-fiction), ni le résumé, me donne envie cette fois-ci. Mais parfois, c’est ce qui nous permet de découvrir des pépites. Dans ce cas-ci, on avait effectivement jugé un peu trop vite le film. Mais 1h42, c’était quand même très long. Dans cette histoire de disparition d’enfant, ce n’est pas la faute de E.T., mais plutôt une disparition inexpliquée. Par contre, le fou du village qui a habité autrefois dans la maison, indique aux parents qu’il y a une possibilité de le retrouver en pénétrant au fond d’une grotte au milieu des bois. Et effectivement, ça marche, car la mère revient bien avec un enfant. Mais le père se demande quand même si c’est bien le sien… Il y a deux moments critiques lors de cette séance. D’abord, les 20 premières minutes où j’étais exaspéré par le comportement insupportable et toxique du personnage principal. Ensuite, l’épuisement jusqu’à la lie du concept du film, à partir du moment où il est révélé. En définitive, on peut pas dire qu’Imposters est un mauvais film, juste qu’il peut s’avérer très épuisant. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : l’ours qui n’a pas été attrapé par le piège (au contraire d’une humaine)

Corporate Retreat, pas sûr que ça vaille le coup d’y jeter un oeil
On a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre en voulant regarder autant de film après 5 heures de sommeil, faut d’avoir pu fermer l’oeil assez tôt. Mais j’obéis au doigt et à l’oeil à Olivier qui ne veut pas partir avant la fin d’un film qui nous a coûté les yeux de la tête. Si j’essaye, il me regarde avec ses yeux de merlan frit ou me menace d’un oeil au beurre noir. Mais contrairement au précédent film auquel on a jeté un oeil, ici on nous promet un film court et avec très vite de l’action. Les employés d’une multinationale partent en team building dans un endroit sublime. En gros, des vacances à l’oeil. S’ils ont tous bon pied bon oeil, ils ne vont pas tarder à tourner de l’oeil car en un clin d’oeil, ils se retrouvent dans la tourmente à cause du fondateur de leur boîte qu’ils ont viré car il leur sortait par les yeux. Le vengeance est en cours : oeil pour oeil, dent pour dent. Ils vont devoir passer 7 étapes pour enfin ouvrir les yeux ! Mais le mec crie vengeance surtout et bientôt il ne leur restera que leur yeux pour pleurer. Faut dire que le méchant a les yeux qui lui sortent de la tête. Littéralement. Car ils vont être beaucoup à fermer les yeux à la lumière au vu des tortures que représentent ces 7 étapes. Et comme vous l’avez remarqué si vous avez le compas dans l’oeil, une des plus marquantes a un rapport avec l’oeil ! On y a été les yeux fermés mais ça ne nous a pas non plus tapé dans l’oeil. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : le chient du méchant qui tente de lui apporter un peu d’humanité

Deathstalker, would you love a monsterman ?
Deathstalker, c’est au cinéma ce que Lordi est à la musique. Et c’est OK. Mais oui, Lordi, ce groupe de metal finlandais qui avait gagné l’Eurovision. De l’exaltation, du kitsch totalement assumé, des bastons à l’épée, des personnages caricaturaux et un scénario qui tient sur un mouchoir de poche. Il ne nous en fallait pas plus pour un film de 00h30 ! Dans le Royaume d’Abraxeon, le Deathstalker (Javier Bardem avec une perruque qui se prend pour Ned Stark) va affronter les Dreadites qui convoitent un talisman maudit qu’il a fauché sur un cadavre. Et c’est OK.
À ne pas mettre entre toutes les mains, ce Deathstalker sera le film parfait pour briller en société à 4h du matin au cours de votre soirée nanar. Vous voyez, le moment où vous n’arrivez plus à prononcer les consonnes (et c’est OK) et que, l’œil vitreux, vous passez en revue le dernier film que vous allez vous mater alors que vos potes sont déjà à moitié en train de s’uriner dessus dans le canapé ? C’est à ce moment qu’il faut mettre Deathstalker !
Alors, ce serait vous mentir que de dire que je suis resté réveillé pendant tout le film. Mais pourtant, je pense que même à 14h et totalement sobre, j’aurais rien compris. Et c’est OK. Parce que quand on mate un film comme Deathstalker, on met son cerveau sur off et on profite. On rit devant les effets spéciaux à la Evil Dead, les personnages caricaturaux et les retournements de situation wtf et on profite du moment. Remake du Deathstalker des années 80, cette nouvelle version se veut comme un hommage clair aux films de cette époque et ne laissera pas indifférent. Ceux qui aiment le genre adoreront, ceux qui n’aiment pas détesteront. Et c’est OK. O.Egg.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : un troll tout gluant tout droit sorti de Evil Dead
Loïc Smars, Olivier Eggermont et Orlyna Ekila
