
L’Invitation
Réalisatrice : Olivia Wilde
Genre : Comédie
Acteurs et actrices : Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz
Nationalité : USA
Date de sortie : 16 septembre 2026
Il y a quelque chose de particulièrement amusant dans les films de « dîner du vendredi soir ». Reproduisant la tension et le stress de recevoir ou d’être reçu, ces soirées dans la vie réelle peuvent donner naissance à des situations bizarres, inattendues, souvent anodines qui s’oublient vite. Et pourtant, nous voilà. NOUS, les spectateurs, nous savons que nous sommes l’anomalie de ce moment. Nous savons que cette soirée va partir en vrille et confirmer toutes les angoisses des hôtes.
Lorsque l’on arrive dans la vie de Joe et Angela, le répit est de très courte durée. Tant qu’ils ne se voient pas, tout va — presque — bien. Joe rentre à la maison après avoir donné un cours de musique. Il est sur un vélo qu’il déteste et il vit à San Francisco. Du coup, ça monte beaucoup et lui souffre. Angela fait des courses et des emplettes pour un repas qu’elle a prévu ce soir. Elle n’a pas prévenu Joe. Elle ne lui a surtout pas dit qu’elle invitait les voisins de l’étage. Parce que Joe les déteste. Il les déteste parce qu’ils sont bruyants, surtout la nuit. Toutes les nuits.
Quand Joe rentre à la maison, rouge d’effort et frustré — par quoi ? On ne sait pas. Par tout ce qui existe, visiblement —, et qu’il voit tout ce qui se prépare, la tension monte très vite. On n’a pas le temps d’expirer qu’on comprend déjà que ces deux-là ne s’aiment plus. Et qu’en plus de ne plus s’aimer, ils ne se supportent plus.
Et nous non plus ! Si Seth Rogen nous rend tous fous en maîtrisant son rôle du mari « trop triste et en colère contre le monde, donc mange sa haine dans les dents », c’est surtout Olivia Wilde qui porte chaque scène. Je dis qu’elle les « porte », mais en réalité, elle est le liant qui permet à l’intensité de ce film d’exister ! Elle est bien entendu entourée d’un excellent casting : Seth Rogen, comme dit plus haut, mais aussi Edward Norton dans le rôle de « Hawk », un sapeur-pompier qui aime la sincérité agressive de Joe, ainsi que Penélope Cruz dans le rôle de sa compagne, Pina, la sexologue douce et compréhensive. La réalisatrice a déjà une bonne pâte qui ne nécessite pas grand-chose d’autre. Pourtant Wilde dans sa réalisation, dans son jeu, ramène chaque scène a un autre niveau.
L’alchimie qui règne entre ces quatre acteurs — et leurs personnages — nous permet de passer un moment incroyable. Eux sont mal à l’aise et nous, on s’amuse. On n’est jamais certain de la direction que les dialogues vont prendre. Le rythme est rapide, chaotique, et pourtant on ne perd pas pied. On a même droit à des moments d’accalmie avant de replonger dans une névrose de groupe.
Avec son remake de Sentimental, qui fut d’abord un film espagnol avant de devenir une pièce de théâtre américaine puis ce film, Olivia Wilde traite d’un sujet auquel on ne pense pas assez : la sexualité d’un couple et l’impact que cela a sur la vie de tous les jours. C’est d’habitude un sujet pris en dérision, une blague connue de tout le monde : « Dans un mariage, il n’y a pas de vie sexuelle. Et c’est normal ! » Sauf qu’ici, non. Wilde accepte le parti de montrer la folie qui peut régner dans un couple qui cesse de s’aimer. Parce que même si on rigole de la situation, qu’on s’amuse des non-dits, des quiproquos et autres jeux de mots, on sent bien qu’il y a un vrai problème et que les blagues ne vont pas faire long feu. On a besoin d’une résolution, que la tension explose ou qu’elle tombe. Il faut quelque chose, une sensation qu’Angela nous fait bien ressentir. On sent qu’il lui manque quelque chose, qu’elle tourne en rond et cherche ce qu’elle ne sait pas — ou n’ose pas — nommer. Le contraste entre la Angela du début et celle qui comprend ce qui lui manque est fascinant. Un apaisement s’installe, nous permettant, à nous spectateurs, de nous détendre aussi jusqu’à la prochaine réplique de Joe ou de Hawk. Comédie psychotique au début du film, la tension change lorsque Hawk & Pina assument pleinement la raison de leur venue chez leurs voisins du bas. On dépasse la plaie et on atteint le point névralgique de la douleur. Et soudain, tout est clair.
Le rythme du film est haletant comme une grosse crise d’angoisse. C’est un raz-de-marée d’absurdité qui vous tient du début à la fin. Décomplexée et complètement imprévisible, cette comédie douce-amère réussit le tour de force de nous faire rire du malaise tout en touchant du doigt une vérité intime et universelle. Un huis clos jubilatoire où le chaos devient la meilleure des thérapies de couple.
