Arctic, un film de survie âpre et dépouillé

Arctic
de Joe Penna
Aventure, thriller
Avec Mads Mikkelsen, María Thelma Smáradóttir, Tintrinai Thikasuk
Sorti le 20 mars 2019

En Arctique, où la température peut descendre jusqu’à -70°C, un homme tente de survivre et d’attirer l’attention des secours, suite à un accident d’avion dans la carcasse duquel il a trouvé refuge. Lorsqu’un hélicoptère se crashe à son tour devant ses yeux, l’homme doit faire face à un nouveau défi : assurer la survie d’une jeune femme blessée et inconsciente en plus de la sienne.

Présenté hors compétition lors du dernier festival de Cannes, le premier film du brésilien Joe Penna est un « survival » en milieu polaire qui mise tout sur une épure du récit et des situations, afin de faire ressentir au mieux à son spectateur les conditions dans lesquelles se trouve son personnage livré à lui-même. Démarrant alors que la situation est déjà installée et consommée – l’homme est échoué là depuis un moment, le journal de bord qu’il tient permet de s’en rendre compte –, le film joue la carte de l’immersion directe et totale. Il ne prévoit pas de rampe de lancement ou autre prologue introductif qui donnerait l’occasion au spectateur de s’installer dans le récit de manière un peu trop confortable.

C’est précisément cette épure et cette immersion qui constituent les grandes forces d’Arctic, alors que le genre dans lequel il s’inscrit – le film de survie donc – sacrifie souvent à des excès de dramaturgie, à une accumulation de clichés ou de rebondissements venant relancer l’intérêt. Le film de Joe Penna est âpre, lent, taiseux et dépouillé. Il ne tente pas de se faire aimer en usant d’artifices narratifs ou visuels, et cet ascétisme plutôt contraignant le rend assez atypique et radical dans son genre.

Pour autant, le résultat de cette démarche louable s’il en est n’arrive pas totalement à se défaire d’un aspect tenace d’exercice de style, de film-concept ne dépassant jamais vraiment l’anecdote. Il fait en cela penser au film de J.C. Chandor, All is Lost, dans lequel Robert Redford faisait face à une tempête déchaînée, seul à bord d’une petite embarcation. Concernant ce type de films, dans lesquels le spectateur se trouve tout du long face à un seul acteur le plus souvent mutique, la réussite se situe majoritairement à l’intérêt que suscite l’acteur en question, le charisme qu’il charrie. En l’occurrence, Arctic joue sur du velours puisqu’il est porté par Mads Mikkelsen, l’un des acteurs les plus intéressants et charismatiques qui soient.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine