Tourisme de la désolation d’Ambroise Tezenas aux éditions Actes Sud

tourisme de la désolation couverture

auteur : Ambroise Tezenas
éditions : Actes Sud
date de sortie : 19 novembre 2014
genre : Photographie, tourisme noir

Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement.

Voilà le panneau explicatif posté à l’entrée d’Auschwitz que le photographe Ambroise Tezenas a pu contempler et qui a nourri sa réflexion sur le tourisme noir. Le devoir de mémoire amène chaque année plus d’un million de touristes à visiter Auschwitz, peut-être pour se recueillir et se souvenir. Mais, comme l’explique le photographe dans son introduction, le tourisme de masse est-il compatible avec la prise de conscience ? Pèlerinage, curiosité ou photo opportunity, c’est ce phénomène dérangeant de consommation de l’horreur qu’Ambroise Tezenas se propose d’illustrer, et de dénoncer, dans son très beau recueil de photographies Tourisme de la désolation.

Quelle est la motivation des visiteurs ? Quel serait le ressentiment des victimes ou des survivants ? L’explosion du tourisme de masse amène à développer de nouvelles offres et la recherche d’adrénaline demande d’être placé en premiers témoins, de toucher le drame. « Le macabre culturel est caché derrière un alibi culturel », explique Ambroise Tezenas.

Au fil des pages, on découvre une dizaine de lieux hantés par l’horreur et ouverts au public, tels que le Musée national d’Auschwitz-Birkenau ou le village-martyr d’Oradour-sur-Glane. Le texte explicatif indique ici la volonté de marquer la reconnaissance nationale sur les évènements qui s’y sont déroulés. Même démarche pour le musée du génocide de Tuol Sleng au Cambodge. Le problème ne réside tant pas dans l’ouverture des mémoriaux pour commémorer les victimes d’évènements tragiques, mais plutôt dans l’éducation des touristes qui « consomment » ces visites et n’adoptent pas forcément la bonne attitude. Exemple justement dans Tourisme de désolation avec une image de graffitis de touristes souhaitant graver leur passage sur les murs des bâtiments ayant servi à exterminer une population.

tourisme de la désolation 3

Les américains ne sont pas en reste : un parcours sur Les traces de l’assassinat de JFK permet de refaire l’itinéraire du meurtrier du président. Si vous êtes plus nature, « Visitez le site du pire désastre environnemental de l’histoire. Tourisme écologique extrême ». Avec la possibilité de se faire photographier au plus près du réacteur n°4, à l’origine de la catastrophe de Tchernobyl ayant mené 51000 personnes à déserter le village de Pripyat. Les très belles photos du photographes sont simplement légendées par des extraits des panneaux explicatifs et brochures mises à disposition des touristes.

La prison de Karosta en Lettonie offre assurément le meilleur divertissement : l’attraction interactive « Derrière les barreaux » donne l’opportunité (sic sur le dépliant) d’être traité comme un prisonnier. « Nuit extrême » est quant à elle proposée aux amateurs de sensations extrêmes où « vous aurez l’occasion de vous mettre dans la peau d’un prisonnier durant une sombre et lugubre nuit. Qui pouvez-vous encore surprendre en dormant à l’hôtel ? ».

Ambroise Tezenas a rassemblé pour cet ouvrage de très beaux clichés qui permettent d’illustrer le tourisme noir que connaissent certains lieux. John J. Lennon, professeur de tourisme au centre Moffat à la Caledonian University of Glasgow explique justement cette notion de tourisme noir et complète les photographies par une illustration théorique du concept.

Un très beau livre qui fera réfléchir plus d’un sur sa manière de voyager.

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Déborah Lo Mauro
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