Justice League Dark, mysticisme et supernaturel

Justice League Dark

de Jay Oliva

Animation, Action, Fantastique, Epouvante-horreur

Avec Matt Ryan, Jason O’Mara, Camilla Luddington

Alors que le projet d’adaptation de « Justice League Dark » porté par Guillermo Del Toro semble enterré, Warner Bros vient de sortir une version animée des aventures de ces héros mystiques.

Qu’est-ce que la Justice League Dark ?

La Justice League Dark est une branche de la Ligue des Justiciers chargée de traiter avec les menaces mystiques et « supernaturelles ». Créée en 2011 dans le Comic Book Justice League Dark #1, cette équipe d’antihéros est composée de plusieurs figures célèbres de l’univers DC Comics, à commencer par John Constantine dont les aventures furent adaptées en 2005 avec Keanu Reeves dans le rôle titre. Malgré certaines qualités, ce film n’a pas reçu de réponse extraordinaire de la part du public et le personnage de Constantine a donc été remisé au placard durant quelques années jusqu’à ce que NBC décide en 2014 d’offrir une seconde chance au personnage sous forme de série télévisée. C’était sans compter sur les comités de censure américains qui exclurent au maximum toute apparition de la cigarette à l’écran. Lorsque l’on sait que le tabagisme est un trait constitutif de la personnalité de John Constantine, fumeur invétéré rongé par un terrible cancer et condamné aux enfers, on imagine le résultat. Sans parler des nombreux jurons présents dans la bande dessinée d’origine, Hellblazer qui furent délaissés pour le petit écran… En effet, cette série, annulée après treize épisodes souffrait d’être trop épurée et gentillette. Néanmoins, elle fut portée par l’acteur Matt Ryan qui, en dépit des nombreux écueils, parvint à livrer une performance mémorable et à canaliser admirablement le personnage de Constantine. Preuve en est, il fut engagé dans ce Justice League Dark pour doubler le personnage et une série animée devrait lui être consacrée prochainement par la chaîne CW (productrice de Arrow, The Flash, Supergirl et Legends of Tomorrow).

Aux côtés de celui-ci, la puissante magicienne Zatanna, déjà aperçue dans la série Batman : The Animated Series, ainsi que Jason Blood et son alter-ego démoniaque Etrigan, eux aussi mis à l’honneur à plusieurs reprises dans la célèbre série animée du début des années 90.

Ces héros seront rejoints dans cette aventure par le moins connu Deadman – fantôme du trapéziste Boston Brand pouvant prendre possession des corps grâce au pouvoir du dieu indien Rama Kushna – ainsi que par le célèbre Swamp Thing, ayant lui aussi eu droit à une adaptation oubliable (mais tout de même réalisée par rien moins que Wes Craven !) en 1982.

L’adaptation à l’écran de Justice League Dark et le DC Comics Animated Universe

Alors que certaines personnes sont frappées par un mal mystérieux qui les pousse à s’entretuer, les membres de la Ligue des Justiciers comprennent rapidement que la magie est impliquée dans ces terribles évènements et décident de s’en remettre à des héros plus compétents. Batman commence alors à réunir une équipe plus à même de venir à bout de ce maléfice.

Justice League Dark s’inscrit dans la stratégie animée DC Comics qui, depuis quelques années, soumet généralement au public une histoire en version animée afin de mesurer le succès potentiel d’un récit et envisager la production d’un film. Ainsi, l’adaptation du comics de Frank Miller « Batman : The Dark Knight Returns » offrait à voir Batman et Superman s’opposer comme ce fut ensuite le cas dans le récent film de Zack Snyder. De même, le génial « The Flashpoint Paradox » préfigurait l’exploitation du Flashpoint présenté au début de la saison 3 de la série télévisée The Flash. Citons encore le récent Assault on Arkham qui mettait en scène la Suicide Squad, donnant au public un aperçu de ce que deviendra la désastreuse adaptation de David Ayer.

Depuis « The Flashpoint Paradox » en 2011, le DC Comics Animated Universe s’acharne aveuglément à recourir à une animation homogénéisée d’un film à l’autre qui s’avère être une horreur sans nom : les personnages sont inexpressifs, quasiment tous dessinés de la même manière, l’action est présentée platement et les doublages en pâtissent. Plus encore, DC Comics cherche visiblement à nous forcer à aimer les personnages réimaginés lors du New 52 (Renaissance de l’univers DC Comics lancée en 2011 et visant à « recréer » 52 des héros du catalogue de la maison d’édition tels Batman, Superman, Wonder Woman, Flash, etc.). Si l’idée de remettre de l’ordre dans le panthéon DC était louable, elle a malheureusement donné naissance à des personnages caricaturaux et détestables comme la nouvelle Wonder Woman ou l’horrible Damian Wayne, fils caché de Bruce/Batman. À quelques exceptions près (notamment les Batman signés Scott Snyder), les nouveautés New 52 furent rapidement rejetées par le public, au point qu’un nouveau reboot de l’univers fut annoncé au début de l’année 2016.

Pourtant, les gestionnaires du département animation ne semblent pas avoir assimilé ce rejet et continuent depuis 2011 à nous présenter ces versions de leurs personnages dans la majorité de leurs productions. Dès lors, Justice League Dark n’échappe pas à la règle – même si la chose est ici légèrement différente, ces héros ayant été créés lors du New 52 et non pas réimaginés à ce moment.

Plus encore, les producteurs, visiblement effrayés par les échecs commerciaux de leurs récentes tentatives cinématographiques semblent se rabattre constamment sur Batman pour étendre leur univers et ainsi surfer sur la vague Dark Knight. L’homme chauve-souris est ainsi parachuté dans tous les films animés sans toujours de raison valable autre qu’attirer un maximum de néophytes. C’est donc celui-ci qui réunira et orientera ces héros durant tout le film. Ce manque de confiance dans les autres licences DC Comics pourrait, à terme, lasser.

Que vaut Justice League Dark ?

La première chose qu’il faut mettre en évidence est que ce Justice League Dark, bien qu’animé et donc supposément destiné à un certain public, comporte quelques passages qu’un spectateur peu averti pourrait juger choquants (une mère jette son enfant du haut d’un immeuble, un automobiliste roule sur des passants, un homme tue ses voisins et les pend dans son abri de jardin, …). Par contre, ici non plus, John Constantine ne porte aucune cigarette aux lèvres et toute la dynamique liée à son cancer est une fois encore totalement occultée.

Ensuite, certains personnages comme Swamp Thing semblent parfois parachutés dans le récit sans raison et l’on comprend alors difficilement leurs motivations réelles. Néanmoins, le film permet de se familiariser avec ces personnages et de profiter d’un bol d’air frais qui offre à voir des personnages moins connus du grand public et pourtant tout aussi extraordinaires que les personnages plus commerciaux.

En somme, Justice League Dark est loin d’être un mauvais film : le doublage est réalisé par des acteurs talentueux, l’histoire est intéressante et les personnages riches. Cependant, malgré ces qualités – et comme dans les dernières productions animées DC Comics – la sauce ne prend pas toujours et le film se résume alors à un simple divertissement.

Le problème de Justice League Dark réside en fait dans la frilosité de DC Comics/Warner Bros qui s’attache à ses valeurs sûres (Batman, Superman, etc.) et n’ose alors pas toujours prendre de risque. Cela s’est vu avec Suicide Squad qui fut massacré par une post-production désastreuse visant à toucher un public large. DC Comics devrait comprendre que la force de ses personnages réside justement dans leur essence : les membres de la Suicide Squad sont des sociopathes qui font un sale travail dont personne ne veut et le couple Joker/Harley Quinn, un tandem dysfonctionnel. Leur relation est une relation abusive et gommer ces éléments fait perdre toute saveur aux personnages pour les rendre lisses. Ils sont méchants et les transformer en antihéros va à l’encontre de toute logique. Dès lors, gommer le côté autodestructeur de, par exemple, John Constantine n’a pas le moindre sens et parasite alors le récit. DC Comics doit comprendre que le public cherche à retrouver ce qui fait le sel des comics : des personnages sales, parfois immoraux, abîmés par la vie et peu enclins aux concessions. Adapter la Justice League Dark en gommant certaines aspérités a autant de sens que Steven Seagal dans les Bisounours…

Reste à espérer que le film – qui constitue réellement un honorable divertissement animé – rencontrera un petit succès et poussera les studios à relancer le projet de film basé sur ces héros, et qu’ils parviendront à embrasser pleinement le matériau originel !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 132 Articles
Journaliste du Suricate Magazine