Before I Fall, un autre jour sans fin

Before I Fall

de Ry Russo-Young

Drame, Fantastique

Avec Zoey Deutch, Halston Sage, Elena Kampouris, Logan Miller, Jennifer Beals

Sorti le 5 avril 2017

Adapté d’un roman pour adolescents (Le dernier jour de ma vie de Lauren Oliver), Before I Fall exploite une nouvelle fois – après Un jour sans fin ou encore Edge of Tomorrow – l’idée de la journée qui se répète infiniment, jusqu’à ce que le héros trouve le moyen de se sortir de cette boucle infernale. Le concept est donc ici coulé dans le moule du « teen movie » féminin, fortement inspirée de cette « chick litt » dont le récit est issu.

Le film suit Samantha, une jeune fille qui, victime avec ses quatre meilleures amies d’un accident de voiture suite à une soirée un peu trop arrosée, se met à revivre de manière ininterrompue cette même journée qui, peu importe qu’elle ait à chaque fois une issue différente, recommence toujours à zéro, à la sonnerie de son réveil. D’abord agacée et blasée par cet éternel recommencement, Samantha se rend vite compte qu’elle ne vit pas sans cesse cette journée pour rien, et qu’elle est certainement investie d’une mission précise : faire en sorte de changer ce qui doit l’être dans cette journée afin que les choses rentrent dans l’ordre.

Si la première réaction devant un film qui reprend une recette déjà servie et resservie, pour la conformer à un sous-genre et à un public cible, est presque inévitablement le rejet, on peut éventuellement faire preuve d’ouverture d’esprit et être attentif à ce que cette relecture peut apporter de neuf ou de particulier. Après une mise en place très longue dans laquelle tous les personnages – presque uniformément antipathiques – et la situation de base, à savoir la journée initiale, sont exposés, on entre enfin dans le feu de l’action et l’on s’attend à un emballement scénaristique croissant. Il y a bien une petite embardée vers le milieu du film, lorsque l’héroïne devient totalement asociale et se pose comme une sorte de résistante féministe et individualiste à la dictature du groupe et des « high schools » américaines. Mais cette distension idéologique est très vite évincée au profit d’un banal éloge de l’amitié.

Lorsque l’enjeu du film et de la « mission » de Samantha devient plus clair et que le récit s’achemine vers sa résolution, on s’attend de manière résignée à un « happy end » consensuel et on lève les yeux au ciel. Mais quand on se rend compte que le final est – certes – moins consensuel que prévu, mais tout simplement idiot, on déchante encore plus. Apparemment, le nouveau standard des films et des livres pour adolescentes n’est plus « tout finit bien » mais « tout finit mal », et le prix pour conclure coûte que coûte sur un final sordide est d’en passer par une métaphore douteuse sur le suicide des jeunes. Il y a quelque chose d’assez désagréable dans cette manière de jouer sur le mal-être adolescent pour imposer ainsi un twist scénaristique aussi cynique et morbide.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine