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    Victor Hugo : la part d’ombre d’un génie littéraire

    On pourrait croire que tout a déjà été dit sur Victor Hugo. Le géant des Misérables, le tribun républicain, le poète célébré incarne l’une des figures les plus monumentales de la littérature française. Pourtant derrière ce nom se cache aussi un homme traversé par le deuil et une quête spirituelle troublante. Avec Victor Hugo – la bouche d’ombre, les éditions Anspach nous invitent à explorer cette facette intime et souvent méconnue du grand écrivain.

    Un drame fondateur

    Dans cet album scénarisé par Rodolphe et dessiné par Olivier Roman, le récit s’ouvre sur un événement tragique. En 1843, Léopoldine, la fille adorée du poète, se noie dans la Seine avec son mari. Le choc est immense et plonge le poète dans une longue mélancolie qui durera près de dix ans.

    Lorsque l’histoire reprend, l’auteur vit en exil à Jersey après s’être opposé au régime autoritaire de Napoléon III. A travers le regard d’un jeune admirateur venu lui rendre visite, le lecteur découvre un être meurtri et hanté par le souvenir de sa fille. Entouré de quelques amis, Hugo en vient à participer à plusieurs séances de spiritisme. Le lecteur est alors entrainé dans des soirées où les tables tournent d’elles-mêmes, où des voix venues de l’au-delà entonnent des chants et où l’écrivain converse avec Shakespeare, Galilée ou Jésus-Christ. Le tout fidèlement documenté par les sources historiques !  

    Une ambiance particulière

    La perspective narrative permet de montrer la transformation d’un homme de génie en figure tourmentée. Elle restitue avec finesse cette atmosphère étrange, oscillant entre foi et désespoir. Graphiquement, Olivier Roman adopte un dessin réaliste et élégant. Les décors de Jersey et les intérieurs bourgeois sont par exemple soigneusement reconstitués. La mise en couleur, plus vibrante lors des séances mystiques, apporte une dimension quasiment onirique, qui contraste avec la sobriété du reste de l’album.

    Le rythme du récit est maîtrisé, alternant moments introspectifs et scènes de dialogue. On pourra toutefois regretter que certains aspects de la vie et des combats de Victor Hugo soient seulement esquissés. Son engagement contre la peine de mort n’est par exemple qu’évoqué brièvement. De même, la transition entre l’arrêt de ces séances et la fin de la vie de Hugo, trente ans plus tard, semble un peu sèche.  

    En effet, une séance particulièrement violente va mettre un terme définitif à ces expériences. Le sentiment persistant d’une présence accompagnera toutefois toujours l’écrivain, au point que certains contemporains le jugèrent même dérangé.

    Finalement, l’œuvre a aussi la délicatesse de rappeler à notre bon souvenir quelques vers des Contemplations :

    Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

    J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

    Ce poème représente à merveille un père qui tente, par l’écriture cette fois, de continuer à dialoguer avec sa fille disparue.

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    Victor Hugo – La bouche d’ombreScénario : RodolpheDessin : Olivier RomanÉditeur : AnspachDate de parution : 20 mars 2026Genre : Biographie/ Drame historique On pourrait croire que tout a déjà été dit sur Victor Hugo. Le géant des Misérables, le tribun républicain, le poète célébré incarne l’une des...Victor Hugo : la part d’ombre d’un génie littéraire