
The Drama
Réalisateur : Kristoffer Borgli
Genres : Drame, Romance
Acteurs et actrices : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim
Nationalité : USA
Date de sortie : 1er avril 2026
Quand on démarre une histoire d’amour, il y a toujours cette question : quand dire les choses ? On a tous certains secrets, certains recoins que personne ou presque ne connait. Mais voilà un beau jour, on rencontre quelqu’un, et se pose la problématique de ces choses qu’on garde enfouies. Ne pas les dire trop tôt, d’une part parce que c’est difficile, mais surtout parce que la confiance en l’autre n’est pas encore pleinement là. Prendre donc le risque de le dire trop tard, parce qu’il n’y a pas vraiment de moment propice et qu’en parler après tout ce temps rend les choses très étranges. Le problème, c’est que la découverte peut être prise comme un mensonge, comme une trahison. Aussi parce que la découverte peut changer la perception que l’autre a de nous. Et si cette perception change, alors nul doute que moult questions sur la relation, sur les sentiments, vont révolutionner le rapport qu’on a à l’autre.
C’est là tout l’enjeu de The Drama. Emma et Charlie se marient dans une semaine. Ce couple trop parfait vit un amour sincère et véritable jusqu’au soir où ils décident de jouer au même jeu que leurs témoins : se dire leur plus grand secret à quelques jours de leur noce. Alors que les anecdotes des témoins et de Charlie font rire et sont honteuses sans pour autant tout changer, l’histoire d’Emma jette un froid autour de la table, and so begin the drama. À partir de là, tous les préparatifs se trouvent chambouler. Trop tard pour annuler, trop gros pour oublier, Charlie se retrouve à devoir dealer précipitamment avec l’une des décisions les plus importantes de sa vie.
Il n’y a aucun doute sur le fait que l’histoire est réussie. Oui, regarder ces deux amoureux se perdre l’un l’autre en se perdant eux-mêmes dans une narration calquée sur les articulations du film catastrophe fonctionne. On est pris dans le rythme sans vraiment savoir sur quoi tout cela va déboucher. Et même si tout est assez gros, les relations interpersonnages sont crédibles et intéressantes. Cependant, elles le sont si et seulement si on accepte le postulat que le secret d’Emma est assez fou que pour entrainer tout ce questionnement quant aux amours, aux amitiés et à la tenue du mariage. Cela dit, il ne faut pas non plus que le secret soit si grave que ça, sans quoi on ne peut pas croire à l’hésitation de Charlie. Il y a donc un équilibre extrêmement difficile à trouver : une chose qui remette tout en question sans être totalement un deal breaker.
Cette donnée est un énorme risque pris par le réalisateur. Puisque tout ce que l’on voit est continuellement remis en perspective du secret. Je ne juge plus ce qui est à l’écran pour ce qu’il est, mais pour la projection que j’en ai moi dans ma vie. Ainsi, en questionnant l’éthique, le film prend le parti d’abandonner les spectateurices qui ne trouvent pas le secret assez gros que pour en faire tout un drame, mais aussi celleux pour qui l’hésitation à tout envoyer balader n’existe même pas. À titre purement personnel, je suis dans la première catégorie. Non, je ne pense pas que le mensonge soit si grave et mérite tant de tohu-bohu. Le film en ressort donc très divertissant, mais un peu too much, et c’est dommage.
Dommage aussi la disparition progressive d’un montage qui joue avec le spectateur. Certaines scènes qui démarrent le film montrent une chose puis reviennent à leur début pour en montrer une autre, pour montrer ce qu’il s’est véritablement passé. Une narration mensonge qui s’inscrit parfaitement dans le thème du film, qui éveille continuellement la méfiance du spectateur, mais une narration qui disparait assez vite après la révélation d’Emma et qui laisse le long-métrage se dérouler de manière quasi exclusivement classique jusqu’à son terme.
Oui, il y a beaucoup de drama dans The Drama, sur ce point-là, on ne nous ment pas. Et si l’histoire est très divertissante et assez intéressante dans ce qu’elle soulève, on peut néanmoins regretter les limites de son dispositif, qui la font rapidement basculer dans la catégorie des films frustrants, voire inaboutis.
