Titre : Les Dieux Déchaînés – : Les Dieux déchaînés, T1 : Soeur Funèbre
Auteur.ice : David Rudden
Editeur: Bragelonne
Date de parution : 10 juin 2026
Genre du livre : Roman
Avec Sœur funèbre, premier tome de la saga Les Dieux déchaînés, Dave Redden propose une fantasy épique aux accents celtiques, ambitieuse dans sa construction comme dans les thèmes qu’elle aborde. Sur l’île de Croi, croyances anciennes, luttes de pouvoir et mystères se mêlent au fil d’un récit choral qui suit trois personnages aux destins progressivement amenés à se croiser.
L’île de Croi est en effet bien davantage qu’un simple décor. Ses paysages évoquent fortement l’Irlande et servent de cadre à une société marquée par la domination de l’Empire répondant. Les anciennes croyances, inspirées de la culture celtique, ont été interdites, tout comme les divinités qui leur sont associées. Elles survivent pourtant dans la clandestinité, entretenues par ceux qui espèrent encore voir les anciens dieux revenir et délivrer leur peuple.
Cette dimension donne au roman une véritable portée politique et historique. Le parallèle avec l’histoire de l’Irlande et la domination anglaise est difficile à manquer. À cette opposition entre l’Empire et les anciennes croyances vient s’ajouter une lutte plus personnelle entre la reine du pouvoir impérial et la prêtresse de la religion interdite. Au milieu de ces tensions se trouve Sœur funèbre, dont la capacité à communiquer avec les morts pourrait bien modifier un équilibre déjà fragile. Mais c’est aussi cette richesse qui rend l’entrée dans le roman particulièrement exigeante.
Patience, mère de toutes les vertus
Dave Redden ne cherche pas à fournir immédiatement au lecteur tous les repères nécessaires. Les noms, les appellations, les croyances, les différents pouvoirs et les rapports entre les personnages contribuent à construire un monde qui possède ses propres codes. Le résultat est dépaysant, mais aussi parfois déroutant. Il faut accepter de ne pas tout comprendre dès les premières pages et laisser les informations s’accumuler avant de commencer à percevoir l’ensemble.
Le début du roman est d’ailleurs probablement ce qui demandera le plus d’efforts. Les liens entre les personnages restent longtemps difficiles à saisir et les enjeux principaux mettent du temps à apparaître clairement. Dans ce contexte, le quatrième de couverture joue presque le rôle d’une petite boussole : les quelques éléments qu’il donne permettent de conserver certains points de repère et de mieux comprendre, au fil de la lecture, où le récit cherche à nous emmener.
Sœur funèbre demande donc une implication réelle. Il faut retenir les informations, garder en mémoire les différents personnages et accepter de relier progressivement des éléments qui, au départ, semblent parfois indépendants. La lecture prend alors presque la forme d’une enquête : on rassemble les indices, on essaie de comprendre les différentes forces en présence et on attend que les trajectoires finissent par se rejoindre.
C’est précisément là que le world-building du roman révèle toute son ambition. Dave Redden ne construit pas seulement un cadre pour son histoire : il imagine des royaumes, des systèmes politiques, des religions, une mythologie et tout un ensemble de personnages dont les histoires se répondent. Cette volonté de donner au monde une existence propre rappelle, par son ampleur, ce que peuvent proposer des auteurs comme Tolkien ou George R. R. Martin.
Cette ambition constitue sans doute à la fois la principale qualité du roman et ce qui pourra en rebuter certains lecteurs. L’univers est suffisamment travaillé pour donner l’impression qu’il existe au-delà de l’intrigue que l’on est en train de suivre, mais cette profondeur a un coût : celui d’une lecture qui réclame de la concentration et de la patience.
Il vaut donc mieux ne pas ouvrir Sœur funèbre en recherchant une fantasy fluide ou immédiatement accessible. Le roman demande de prendre son temps, de mémoriser et parfois de remettre en perspective ce que l’on vient de lire. En revanche, pour les lecteurs qui apprécient les univers complexes, les intrigues qui se dévoilent progressivement et les mondes dans lesquels chaque détail semble pouvoir avoir son importance, cette densité pourra constituer une véritable qualité.
Sœur funèbre est finalement une fantasy qui se mérite. Elle demande du temps avant de révéler pleinement ses cartes, mais cette exigence est aussi ce qui fait sa personnalité. Reste à voir si les prochains tomes sauront transformer cette impression de potentiel en une aventure à la hauteur de l’ambition affichée par ce premier volume.
