Titre : Slash
Auteur.ice : Aliénor Debrocq
Editions : Onlit
Date de parution : 24 septembre 2025
Genre : Autofiction/érotisme
Aliénor Debrocq se raconte, ose-t-on imaginer, dans Slash, où elle est décrit l’éducation sexuelle ou plutôt la découverte de la sexualité et des sexes des autres, de la pré puberté à la pré quarantaine. Sous la forme d’un récit poétique, presque slamé, elle va travailler autant la forme que le fond pour décrire, avec beaucoup de justesse, de violence et de crudité, le sexe qu’elle a connu principalement avec les hommes.
Debrocq ose donc raconter des chose impudiques, de l’ordre de l’intime, pour raconter un peu des hommes et des femmes qui l’entourent, et donc de la société. Elle raconte sa passion pour un professeur beaucoup plus vieux qu’elle, expérience qui semble récurrente chez les jeunes femmes qui, selon les croyances psy, chercheraient à régler leur compte ou à retrouver leurs pères… L’autrice n’en fait pas trop de cas. Elle décrit aussi un sexe joyeux, récréatif, masturbatoire. Une fellation devient un morceau de bravoure poétique. Elle possède ce verbe sûr qui ne rend jamais ses écrits trop trash, trop pornographiques, trop impudiques. Elle lâche la bride mais ne se jette pas entièrement dans les mots.
Slash n’est pas un récit punk de revanche ou d’amertume, mais un texte qui décrit l’affranchissement d’une femme du désir des hommes et de leur violence. C’est un texte qui ne cherche pas à tout détruire ni à revendiquer quoique ce soit si ce n’est la possibilité d’être elle-même, une mère de famille qui jouirait avec plusieurs hommes à la fois, dans des relations parallèles, ou qui jouerait savamment avec le sexe qu’elle décrit comme magnifique de ses amants.
Ce n’est donc pas un roman, mais des mots collés l’un à l’autre et qui forment des « historiettes » reliées entre elles par une certaine temporalité qui navigue entre la jeune fille et la femme en devenir. Elle nous accorde même le droit de respirer, dans la lecture, en ne laissant parfois que quelques mots par pages, quand ce qu’elle ressent est au-delà des mots, quand l’absence de paroles doit être formulée graphiquement.
Elle imagine des mondes, des mondes où les hommes se feraient enculer comme ils osent enculer certaines femmes, sans leur demander si c’est le bon tempo, ou si elles en ont envie. Elle décrit cet homme qui est devenu le père de son enfant et qui a des accès de colère, au point d’en avoir peur, et de se demander ce qu’il ferait si l’enfant était dans ses mains, quand la colère « déborderait ». Elle raconte ses actes sexuels qu’elle s’oblige à performer pour faire plaisir à ce professeur chauve à qui elle veut plaire à tout prix.
Aliénor Debrocq ne raconte rien de neuf, dans Slash. 8 ans après #MeToo, elle apporte sa pierre à l’édifice, ce qui n’est cependant pas rien. Et dans tout cet apprentissage de la sexualité, dans toutes ces obligations à faire du sexe, elle se raconte, en se tutoyant tout du long, et monte en puissance. Et lentement, comme une Annie Ernaux qui déploierait ses effets et chercherait à comprendre d’où elle vient, sexuellement, elle décrit ce qui fait d’elle la femme sexuée qu’elle est aujourd’hui, à plus de quarante ans, tout le chemin parcouru, les épines dans les pieds et les pierres ramassées au bord de la route et qu’elle serre dans ses poches, avec rage, puissance et fébrilité, enthousiaste de la suite à venir.
