« Si le geste est beau », un nid d’espions

Titre : Si le geste est beau
Auteur : Benjamin Franceschetti
Editions : 10/18
Date de parution : 7 mars 2024
Genre : Polar, espionnage

Si notre tendance à nous focaliser sur les événements présents en oubliant de remettre les choses en perspective nous fait parfois penser que nous vivons une période de grande instabilité et de grande violence, un bond d’un siècle dans le passé nous fait vite comprendre que de tous temps, des hommes ont utilisés la violence pour tenter de faire passer leurs idées et déstabiliser la société. Ainsi, le roman de Benjamin Franceschetti, Si le geste est beau nous ramène au début du siècle dernier, lorsque des groupes anarchistes voulaient initier par leurs actes une révolution armée et que les différents gouvernements européens utilisaient cette violence pour justifier un contrôle strict sur la société.

1914. Un petit groupe d’anarchistes se disperse pour jeter des bombes contre plusieurs bâtiments publics parisiens, revendiquant la libération d’un des leurs. Mais à la dernière minute, Arthur dit L’Alchimiste change de cible et un restaurant bourgeois explose. L’attentat fait sept victimes. Au sein de la cellule anarchiste, cette initiative a un goût de trahison. L’opinion publique s’embrase, le gouvernement est sous pression. Fabre, commissaire de police, est tenu de trouver des coupables. Jeune journaliste aux rêves de grandeur, Eugène entend mener son enquête parallèle, quitte à prendre des risques inconsidérés. Mais bientôt les deux hommes perçoivent derrière l’affaire des influences qui dépassent les anarchistes. Et si ces derniers n’étaient que des hommes de paille, manipulés par bien plus puissants qu’eux ?

Idéologie pervertie?

Si l’ouvrage de Benjamin Franceschetti décrit avec brio l’ambiance du Paris de ces années-là – et malheureusement la fièvre qui s’empara des gouvernements européens à quelques mois de l’éclatement de la première guerre mondiale – et n’est pas avare en scènes d’action et rebondissements en tout genre, gardant l’attention du lecteur élevée jusqu’à la fin du roman, Si le geste est beau vaut également pour la réflexion qu’il propose sur l’art de la manipulation. Car sans être un roman de John Le Carré, la présente œuvre sait y faire en matière d’agents doubles, de manipulation et autres manœuvres pour tromper l’adversaire. Un récit qui nous amène à nous poser la question suivante: une cause pure et juste existe-t-elle ou est-elle toujours pervertie par l’intervention de groupes plus puissants ? Une belle leçon d’espionnage et de géopolitique alors que notre monde plonge dans la désinformation et l’avènement de vérités parallèles.