Rencontre avec James McCurley du groupe Vertica

Un jour, alors que nous discutions de choses et d’autres, mon ami, Chris Thompson (de chez Radiant Records) me dit : « J’ai là un jeune groupe qui a enregistré un premier album à notre studio avec Jerry Guidroz (l’ingénieur du son qui a maintes fois collaboré avec Neal Morse et Mike Portnoy sur divers projets). Ils sont à la recherche d’un label et j’hésite à les faire signer chez nous. Peux-tu me donner ton avis sur leur travail ? »

C’est bien évidemment le genre de demande qui ne se refuse pas, surtout venant d’un label de qualité. Chris m’envoya donc cet album et j’écoutai donc ce disque baptisé The Haunted South. Et là, ce qui me paraissait comme un énième essai d’un groupe dont on n’entendrait sans doute jamais parler se révéla être l’une des meilleures découverte musicale que j’ai jamais faite.

Un son incroyable, DES voix splendides, touchantes et posées de façon juste sur chaque titre. Des morceaux aux styles variés et toujours très aboutis. Vertica a de quoi donner le vertige a bien des groupes qui essaient de convaincre sans jamais y parvenir. Leur travail est stupéfiant et extrêmement soigneux. Chaque membre chante tour à tour et apporte quelque chose d’unique ce qui, paradoxalement, rend ce groupe immédiatement identifiable malgré ces changements.

Le groupe est mené par James McCurley (voix,piano et batterie), Tyler Downey (voix et guitare), Joshua Ruppert (cris et basse) et enfin, Emily Brunson, une chanteuse incroyable qui peut transmettre un très large panel d’émotions grâce à sa voix.

Voici, en exclusivité, l’interview de James McCurley, celui par qui tout a commencé il y a sept ans déjà.

Bonjour James. 

Merci de nous accorder cette entrevue pour nous parler de Vertica et de cet album, The Haunted South.

Pour Commencer, j’aimerais savoir comment le projet est né ? Est-ce que vous vous connaissiez déjà auparavant ?

Au départ, Vertica a débuté avec moi-même et Josh Ruppert, notre bassiste. Le projet s’est agrandit au fur et à mesure avec l’addition de notre première chanteuse, Meredith King. Ensuite, notre guitariste, Tyler Downey. Puis finalement, Emily Brunson qui chanta sur notre album, The Haunted South.

On s’est principalement rencontré à l’école ou dans divers projets au fil des ans.

J’ai vu que tu avais écrit les paroles de cet album. Hors, vous êtes plusieurs à chanter sur ce disque.

Est-ce que cette manière de chanter chacun les paroles des chansons en alternance était quelque chose de prévu dès le départ ?

J’ai commencé à écrire ces paroles il y a sept ans, quand j’ai lancé le groupe Vertica. Je trouvais que ce serait mieux si quelqu’un d’autre pouvait aussi chanter ces paroles, les ressentir au lieu de faire tout de façon solitaire. Ce serait aussi un bon moyen pour moi de voir si j’avais dit tout ce que j’avais à dire au travers de ces textes. Je chante tout de même certaines parties sur l’album. Mais j’aime ce son de deux voix distinctes sur l’album. C’est bien plus intéressant pour moi.

Ce qui est intéressant également sur ce disque, ce sont toutes les ambiances que l’on retrouve sur chacun des morceaux.

Oui, j’ai d’ailleurs dû faire confiance à mes camarades pour mener cela à bien car il y avait beaucoup de travail à faire pour obtenir un bon résultat.

Il y a aussi une part de mystère lors de la première écoute, car on ne sait vraiment où vous allez nous mener au travers des chansons.

Je suis content que tu aies remarqué cela. Le but principal était justement de rester imprédictible. De plus, chaque membre (Emily, Tyler ou Josh) peut chanter et ils ont tous une superbe voix.

Vertica2

Musicalement, cet album est vraiment superbe. Comment avez-vous travaillé la composition des morceaux ?

Notre « méthode » d’écriture, en général, commence avec moi-même qui assemble une chanson avec des paroles. Ensuite, j’amène le résultat à Tyler et Josh pour que l’on arrange le tout ensemble. Naturellement, il y at certaines chansons qui sont plus personnelles. Ou d’autres, qui sont plus le fruit d’un travail de groupe. J’essaie de jouer souvent avec des accordages particuliers pour écrire de manière plus créative. Ainsi, le groupe peut apporter quelque chose de plus aux chansons et chacun est donc impliqué à un moment donné.

Pour parler en terme de composition, j’ai essayé de changer de genres et de clefs parfois de façon frénétique pour rappeler cette impression de panique qui est décrite dans beaucoup de paroles.

Je pense également que les différents accordages et le travail que j’ai fait avec Tyler a donné un résultat unique. J’ai essayé sic accordages différents sur l’album et Tyler a appris à les jouer tous, ce qui est remarquable. C’est vraiment un musicien  de talent.

Avez-vous changé les morceaux pendant l’enregistrement ?

Pas énormément, en fait. Jerry Guidroz (notre producteur et ingénieur du son) nous a beaucoup aidé à avoir notre son. J’ai pu parler aussi en détail des paroles avec Emily pour qu’elle ait le background nécessaire pour leur donner vie au travers de sa performance vocale. Et le fait d’entendre cela dans le studio était quelque chose de spécial pour moi.

Justement, tu viens de parler de Jerry Guidroz. Comment s’est passé cette collaboration avec lui ?

Je souhaitais que les gens se sentent connectés aux paroles. Tout spécialement, s’ils étaient marginaux ou avaient des pensées qui pouvaient effrayer autrui.

Je voulais qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls et j’espère qu’ils trouveront de la lumière dans nos chansons. Jerry a mixé et géré le son de notre premier EP (Something for the nerves) et il est resté présent dès le premier jour. Il est bien sûr très doué derrière la table de mixage. Maus au-delà de ça, c’est quelqu’un qui a beaucoup aidé le groupe tout au long du procédé parce qu’il croyait en nous. On est devenus amis et je lui fait entièrement confiance.

Était-ce plus facile de travailler à ses côtés ? Est-ce qu’il vous a donné de précieux conseils sur vos chansons ?

Oui, car il a une vue objective des choses. Son travail sur les chansons Obsidian ou encore One last chance to recurrect restera toujours marquant pour moi.

Ces chansons sont particulières de par leur construction et les différentes atmosphères qu’elles dégagent.

Oui, et Jerry a comprit tout de suite la vision des choses. Je ne pourrais imaginer ces chansons enregistrées par quelqu’un d’autre. Il nous a donné également de l’espace pour explorer des idées. Comme par exemple dans la chanson The furthest place, il nous a laissé Tyler et moi éteindre toutes les lumières sauf une bougie. Parce qu’il savait que la chanson devait sonner de façon sombre et nous a donc laissé enregistrer dans ces conditions.

Avez-vous essayé ces chansons en conditions live pour voir les réactions du public?

J’ai d’abord préservé ces chansons de tout le monde à part le groupe pour garder une forme de pureté à l’ensemble. Cela peut paraître dingue, mais je savais que je pourrais faire confiance au groupe et je ne voulais pas qu’un avis extérieur vienne perturber les choses et qu’on se préoccupe de l’honnêteté avérée ou non de notre travail.
Jerry fut le seul à pouvoir entendre l’album jusqu’à ce qu’il soit mixé et masterisé.

Vous avez une idée précise de ce que vous voulez et de la direction que vous souhaitez adopter. C’est assez rare dans une jeune formation.

Merci. En même temps, on sait les possibilités qui sont offertes aux gens. Ils peuvent écouter des tas de groupes gratuitement. Si Vertica ne donnait pas tout à ses fans, on ne les mériterait pas. C’est un privilège pour nous de pouvoir jouer pour des gens.
On ne prend pas cela pour acquis. Ces chansons ont un message tellement personnel. Nous serions des menteurs si nous ne serions pas impliqués totalement.

Une autre chose que l’on remarque rapidement:
Votre album ne sonne pas comme un premier disque.

En effet, on voulais à tout prix éviter que cela sonne comme un premier essai.

 

Peux-tu nous parler du marché du disque en Amérique? Beaucoup de groupes en Europe de plaignent du manque de moyens, de la difficulté, aujourd’hui, de signer pour un label ou simplement de tourner.
Alors, est-ce identique aux USA? Où avez-vous trouvé du support facilement?

Il est clair que d’énormes changement ont eu lieu en matière de ventes de disques et de contrats offerts aux groupes. Aujourd’hui, il faut être patient, avoir un job à côté et parfois prendre des shows qui ne sont pas à la hauteur de nos espérances.
Les premières personnes à être avec nous furent nos familles et amis. Il y a une multitude  de groupes à l’échelon  national et il est donc très difficile d’être visible.

Le problème vient aussi, sans doute, de cette surproduction en matière de musique.

Absolument ! Il y a trop de monde par rapport à la demande. Mais cela force certains à essayer de sortir du lot.

Sans doute que cela permet également aux gens d’être plus sélectifs dans leurs choix.
Il y a aussi de plus en plus d’actions en justice pour plagiat.

En effet. Mais il y a tellement de contenu que beaucoup font facilement des rapprochements. Je pense qu’à l’heure actuelle, la meilleure manière d’écrire est de rester honnête et de ne pas essayer d’être un autre artiste parce que ça coulera tout votre travail.
Il y a aussi un manque de moyen general. Auparavant les label s’impliquaient davantage pour promouvoir un groupe. Aujourd’hui, ils attendent que vous soyez d’abord établis avant de vous aider. Donc, les groupes souffre de cela actuellement et sont obligés de se raccrocher à des gens proches qui aiment leur musique.

C’est vrai que tout cela a changé énormément mais cela permet aussi de garder les artistes les plus motivés.

Oui, c’est le gros avantage. Cela permet de faire le tri parmi ceux qui ne s’investissent pas à fond. Mais ce n’est certainement pas noir ou blanc. Il doit y avoir quelques injustices avec ce système.
Il y a aussi des choses peut conventionnelles entre les labels et les artistes. Par exemple, Radiant Records nous a offert la possibilité de vendre notre disque dans leur boutique en ligne alors que nous n’avions pas signé chez eux. Ce fut quelque chose qui amena énormément de respect et une relation sincère entre notre groupe et eux, même si cela ne générait pas beaucoup d’argent pour eux.

Ils vous ont offert de la visibilité.

Oui, en effet. Je suis très reconnaissant envers Chris Thompson de chez Radiant et Jerry de nous avoir tant aidé. Il y a aussi nos amis et nos familles qui nous ont énormément soutenus.
On a eu la chance d’avoir des gens autour de nous qui comprenaient pourquoi on faisait ça. Il y a une grande liste de gens qui se sont montrés gentils avec nous alors qu’ils n’y étaient pas obligés.

Alors, vous préparez une tournée actuellement.

Oui, je ne peux révéler les détails actuellement, mais nous tournerons en Amérique du Nord cet été. En attendant, nous faisons quelques shows sur la Côte Est. Nous aimerions vivement venir en Europe avant la fin de l’année.

Espérons-le !
Nous vous souhaitons le meilleur pour Vertica!

Pour en savoir plus sur le groupe, rendez-vous sur le site Bandcamp de Vertica ou sur leur page Facebook.

Christophe Pauly
A propos Christophe Pauly 484 Articles
Journaliste et photographe du Suricate Magazine

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