Titre : Propre
Auteur.ice : Alia Trabucco Zeran
Editions : 10/18
Date de parution : 21 août 2025
Genre : Roman
L’annonce disait : « Cherche employée de maison, bonne présentation, plein temps ». Mais ce que l’annonce ne disait pas, c’est qu’être au service des autres, c’est se soumettre à leur volonté. Que parfois, ils vous appelleront par le prénom de la précédente domestique. Que votre principale fonction sera de nettoyer ce dont ils ont honte. Leur crasse. Leurs problèmes. Leurs secrets. Il faudra polir leur existence. Être bonne tout simplement. Conciliante et disponible.
Estella possède ce qu’il faut de discrétion pour le poste. Elle n’a jamais eu le luxe de pouvoir s’affirmer comme le couple de bourgeois chez qui elle entre en fonction. Elle n’a jamais eu d’enfants et maîtrise difficilement l’art de la maternité. Mais quand, peu de temps après son arrivée, madame tombe enceinte, c’est à Estella que revient le privilège de s’occuper du nourrisson. De la bercer, de la changer, de la nourrir. Le bébé grandit et devient une enfant chétive. Malheureuse. Mais aussi lucide. Julia porte l’absence de ses parents, et leur ambition, comme un fardeau. Et surtout, elle devine la barrière sociale qui la sépare de cette nounou qui l’a élevée.
Dès le début, la fin est claire. Pas d’issue possible. Le roman construit comme une enquête à charge d’Estella ne cherche pas à cacher son tragique dénouement ; la mort de l’enfant. Ce qu’on ignore, c’est si la nounou est responsable et dans quelle mesure. Condamnée avant même d’être jugée, Estella endosse pourtant le rôle de la coupable. Mais alors que l’interrogatoire avance, et que son témoignage s’étoffe, une certitude se dessine : les dynamiques induites par le rapport de domination jouent un rôle dans la tragédie.
Pour le lectorat francophone, le pitch n’est pas sans rappeler le célèbre roman qui a révélé Leila Slimani au public. D’ailleurs, comme Chanson douce, Propre peut se vanter d’avoir obtenu un prix. Pas le Goncourt, évidemment. Le prix Femina du roman étranger. Mais ce que Alia Trabucco Zeran met en avant ce n’est pas tant le rapport à la maternité que le rapport de force qui apparaît avec les inégalités sociales et économiques.
Et comme le diable se cache dans les détails, c’est insidieusement que la brutalité des relations domestiques apparaît aux lecteurs. Madame et monsieur ont à cœur de ne pas se ternir en traitant mal leur employée de maison. Même si, finalement, cette femme transparente qui en sait trop de leur intimité leur est aussi insupportable que nécessaire. Avec méthode, Alia Trabucco Zeran pose ses pions. Elle ne dit pas. Elle décrit. Des situations terribles qui ne caricaturent pas mais dévoilent. Elle offre au lecteur une incursion violente mais addictive dans le quotidien de ceux qu’on ne voit pas et celui de ceux qui se montrent trop.
