Porcherie de Pasolini au Théâtre Océan Nord

Texte de Pier Paolo Pasolini. Mise en scène de Nina Blanc. Avec Arthur Marbaix, Ophélie Honoré, Aurélien Dubreuil-Lachaud, Marcel Delval, Bernard Sens, Christian Blanc, Arnaud Botman et la participation de Laura Krenzke, Louison Lambrechts, Sabine De Creeft, Mireille Lymberis, Davidia Mathieu, Camille Fontenier, Henry-Samuel Pirotte, et Gigi Van Puyvelde. Du 4 au 15 février 2020 au Théâtre de l’Océan Nord.

Dans l’Allemagne de la fin des années ’60, Julian refuse de participer avec Ida à la grande marche pour la paix. C’est l’époque des grands mouvements contestataires de la jeunesse en Europe, une jeunesse qui trépigne. C’est aussi la génération qui remet en question les actions des générations précédentes, qui dénonce les choix des pères qui ont soutenu le nazisme en profitant aussi de la reconstruction pour faire propulser leurs industries. Et, en tout ça, Julian ne semble pas prendre parti entre l’action et l’inaction, il est paralysé dans un état qui n’est « ni obéissance ni désobéissance », comme son père le dit. Fils d’un de ces grands bourgeois, il est un personnage décidément emblématique, un symbole de sa génération.

Porcherie (titre original : Porcile), écrite en 1967 par Pasolini, est une pièce au titre très explicite qui traite des conflits générationnels de l’après-guerre et de la position de la jeunesse, entre un héritage lourd à porter et l’envie de changement. Est-ce différent aujourd’hui ? La jeunesse, à l’époque contemporaine, n’est pas elle toujours confrontée, bien que de manière différente, aux mêmes conflits avec ses propres origines ?

En saisissant l’intérêt de ces questionnements à l’époque contemporaine, Nina Blanc met en scène ce spectacle enflammé et radical, au croisement du vaudeville et de la tragicomédie engagée, en respectant l’esthétique grotesque et explicite de l’œuvre pasolinienne. Un bon travail donc, soutenu par le jeu des comédiens qui défendent sur scène un texte complexe et dense, avec personnalité et rythme. La scénographie et les lumières aident à rentrer dans l’univers de cette demeure bourgeoise, et dans le délire de l’histoire, en rendant l’esthétique du spectacle indubitablement cohérente avec le style de l’auteur.

Cependant, il faut dire que le théâtre de Pasolini est un « théâtre de la parole », dépourvu de toute approche psychologique des personnages et un théâtre riche en références historiques. Les enjeux de ce spectacle sont manifestes et il n’y a aucun message caché entre les lignes qui puisse engager l’attention du public. La position du spectateur est essentiellement celle de destinataire d’un discours. Et bien que ce discours soit inspirant et qu’il suscite des réflexions importantes, ça demande une concentration particulière de bien suivre tout ce contenu, qui est parfois aussi dur à digérer. Le choix de proposer une version de Porcherie est donc courageux mais n’est pas sans risque. Dans certaines scènes le texte résonne fort et clair dans l’esprit des spectateurs, tandis que par moments on risque de décrocher à cause de la quantité de texte et de certains passages sans doute pas assez dynamisés.

Elisa De Angelis
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Journaliste du Suricate Magazine