Direction artistique Quentin Chaveriat
Dramaturgie et co-mise en scène Jean-Gabriel Vidal-Vandroy
Création collective et interprétation Quentin Chaveriat, Manoël Dupont, Thúy Nguyễn, Minh Nùng Văn
Interprétation (vidéo) Hoa Pham Ngoc
Du 4 novembre au 15 novembre 2025
Au Théâtre de la Vie
Sous une pluie de flocons imaginaires, Tombe la neige sur Saigon, création théâtrale et chorégraphique de Quentin Chaveriat, tisse des fils entre deux continents et entre deux vies. Le plateau du Théâtre de la Vie est ainsi habité par des histoires tiraillées entre quête, reconstruction des faits et conscience de ses propres privilèges. Ce récit est celui de Quentin, celui d’un artiste qui transforme sa propre expérience en matière scénique. Né à Libramont, dans les Ardennes belges, Quentin a partagé un bout de vie avec Ngân, sa sœur née du second amour de leur père. Après le retour de sa sœur au Vietnam, le silence s’installe, laissant le temps et la distance creuser l’écart. Sur scène, leurs corps et leurs histoires se retrouvent après des années de recherches, comme dans une photographie retrouvée, une image vibrante où souvenirs et absence se mêlent.
Neuf années de travail se condensent dans ce projet ambitieux, à la frontière du théâtre et de la danse. Les interprètes belges et vietnamien.nes explorent la fracture entre narration et incertitude avec des gestes et des mots qui révèlent les tensions de la rencontre : la confrontation des cultures, la cohabitation des mémoires personnelles et collectives, ainsi que les préjugés et les inégalités qui traversent ces liens. Le spectacle aborde aussi directement l’image stéréotypée de la femme asiatique – entre fantasme et effacement -, interroge l’appropriation culturelle et cherche, dans ces questionnements, un possible apaisement.
Le jeu d’acteur trouve sa force dans l’élan plutôt que dans la perfection : le rythme parfois fragile fait écho à l’incommunication et à la maladresse qui accompagnent toute rencontre.
Pourtant, au-delà de ces fragilités, demeure le geste d’un artiste lucide sur ses contradictions, entouré d’interprètes qui explorent les zones où l’intime rejoint le politique. Le multilinguisme -français, vietnamien, anglais – souligne les écarts de perception et les différences de point de vue, rappelant que la communication reste toujours partielle. La danse traduit ce que les mots ne peuvent atteindre : les tensions et les émotions que la parole seule ne parvient pas à rendre. Si Tombe la neige sur Saigon émeut par sa sincérité et son ampleur, se heurte parfois à la complexité de son propos. Quentin Chaveriat aborde frontalement ses privilèges d’homme blanc et les biais de son regard occidental, avec une honnêteté rare. Cette transparence, parfois appuyée, témoigne d’un réel souci d’exactitude et de respect : le spectacle cherche à nommer ce qui divise, quitte à expliciter ce qu’on ressent déjà très bien.
Tombe la neige sur Saigon n’est peut-être pas un spectacle totalement apaisé, mais il se distingue par sa vulnérabilité. Sous sa neige poétique se dessine un paysage de mémoire, de honte et d’amour, qui s’estompe au fil du spectacle, laissant place à une émotion sincère – celle de la rencontre, fragile, tâtonnante, mais nécessaire.
