
Mother’s Baby
Réalisatrice : Johanna Moder
Genres : Drame, Thriller
Acteurs et actrices : Marie Leuenberger, Hans Löw, Claes Bang
Nationalités : Autriche, Suisse, Allemagne
Date de sortie : 10 juin 2026
Quand on parle de maternité, on se concentre souvent sur ce qu’il y a de plus beau. En général, on ne voudrait pas trop casser l’ambiance en disant qu’être mère n’apporte pas toujours autant de joie que l’imaginaire collectif se tanne à rabacher. Un film comme Mother’s Baby est donc crucial pour ce qu’il a à amener dans ce discours sociétal encore trop peu remis en question.
Julia, chef d’orchestre quarantenaire, et son partenaire Georg désirent un enfant. Grâce au traitement d’une clinique de fertilité, elle tombe enceinte. À peine né, le bébé est emmené loin d’elle par l’équipe médicale sans aucune explication. Plusieurs heures passent avant qu’elle puisse enfin être réunie avec son enfant. Mais quelque chose cloche, et Julia se demande de plus en plus s’il s’agit réellement du sien.
L’intérêt de Mother’s Baby tient bien plus à son fond qu’à sa forme, qui bien que maîtrisée, ne marque pas tant les esprits. Certes, les couleurs froides et l’utilisation de vitres (fenêtres, baies vitrées, aquarium) fonctionnent techniquement pour nous faire ressentir l’isolement et la solitude de la protagoniste. Le plan séquence de l’accouchement reste par ailleurs en tête, surtout pour les actes de violences gynécologiques et obstétricales, intelligemment mis en avant par la réalisatrice Johanna Moder. À part ça, on ne retient pas grand chose visuellement parlant du film, pas même un élément fantastique plutôt inattendu qui ne sera pas révélé ici pour ne pas spoiler.
C’est donc définitivement par les thèmes qu’il traite que le film marque. La réalisatrice a ici choisi le genre du thriller horrifique pour aborder la maternité dans ses aspects les plus sombres. Place aux doutes, aux frustrations, à la haine sans pour autant diaboliser le personnage de Julia, ni même son choix d’être mère. La dépression post-partum est une thématique soulevée entre les lignes, sans poser de diagnostic, via l’exploration mentale et émotionnelle de Julia. Celle-ci est interprétée par Marie Leuenberger portant le film sur ses épaules grâce à son jeu juste, sensible et puissant. Les sacrifices que doivent faire les mères sont brillamment articulés par une montée continue de frustration, tant au niveau de la vie professionnelle avec une obligation de mettre en pause son travail artistique, que de sa vie privée. La problématique de la charge mentale du care pesant sur les femmes dans un couple hétérosexuel est aussi développée. On assiste en effet à un déséquilibre dans le couple au niveau des soins de l’enfant, ce qui alimente la psychologie de la protagoniste. Autant de sujets extrêmement importants à traiter puisqu’ils restent, pour la plupart, tabous ou normalisés dans notre société. C’est certain, il est plus que nécessaire de représenter les difficultés multiples liées à la maternité de manière nuancée.
C’est alors d’autant plus frustrant que le climax ne décolle pas, ratant même une fin qui aurait pu être bien plus impactante. Le film souffre également de longueurs, alourdissant un propos qui n’est déjà pas simple à aborder.
Mother’s Baby reste tout de même un film à voir. La descente progressive dans le thriller psychologique fait qu’on s’y accroche. Johanna Moder est définitivement à saluer pour la sincérité avec laquelle elle explore le boulversement existentiel que peut signifier l’accouchement pour une mère.
