Titre : Mille soleils splendides
Auteur.ice : Khaled Hosseini
Edition : 10/18
Date de parution : 19 mars 2026
Genre : Roman
Alors que Les Cerfs-volants de Kaboul est souvent cité comme livre culte, ayant aussi fait l’objet d’une adaptation cinématographique, sa petite sœur Mille soleils splendides se fait, quant à elle, plus discrète. Pourtant ce second roman paru en 2007 n’est pas moins un chef d’œuvre. D’ailleurs, vingt ans plus tard, cet uppercut littéraire dénonçant les violences faites aux femmes en Afghanistan est toujours aussi nécessaire.
Avec Milles soleils splendides, l’écrivain Khaled Hosseini se lance dans une fresque ambitieuse qui, tout en balayant plusieurs décennies de l’histoire afghane, fait se croiser le destin de deux femmes très différentes. Mariam est une harami, une bâtarde, qui a grandi dans une maison en torchis parmi les saules et les truites. La lucidité en héritage, Mariam sait ce que le destin réserve aux filles de son rang. Et sa mère, Nana, s’arrange pour qu’elle ne l’oublie pas, entretenant avec elle une relation étrange où se mêlent amour, rancœur, détresse et dépendance.
Et à presque 700 kilomètre du petit écrin de verdure où Mariam a grandi, naît Laila. Laila est tout son contraire : belle comme le jour, citadine dans l’âme et fille de poète. Ces femmes qui ne devaient jamais se rencontrer vont, pourtant, partager une longue expérience commune. Et plus que tout, une lutte commune : celle de pouvoir exister en tant que femme dans un pays qui les muselle. Il n’y a pas que la distance pour s’interposer, au départ, entre Mariam et Laila. Quinze ans séparent également la naissance des deux femmes, permettant à Khaled Hosseini de dénoncer plusieurs générations de violence.
Comme dans Les cerf-volants de Kaboul, il y a la petite histoire et la grande. L’incroyable destin de ces femmes ordinaires est en partie dicté par le contexte politique. D’abord il y a les Soviétiques, puis viennent les moudjahidines et enfin les talibans. Et à chaque renversement, souffle sur Kaboul un vent d’espoir. Mais une fois passé l’excitation du renouveau, la réalité rattrape les Afghans, et particulièrement les Afghanes dont les droits sont chaque fois un peu plus réduits.
Ce que Khaled Hosseini décrit, c’est la scandaleuse situation de dépendance dans laquelle se retrouvent les femmes qui ne peuvent même pas sortir de chez elles sans être accompagnées de leur mari. Et bien sûr, cela crée un déséquilibre au sein même du foyer, rendant l’un toujours plus dominant et l’autre plus soumise. Pour ces dernières, en agonie, le choix n’est pas une option. Le patriarcat poussé à l’extrême encage les femmes et condamne toutes les issues.
Khaled Hosseini parvient à nous faire ressentir de la frustration et de l’indignation face à l’impossible résolution de la situation dans laquelle se trouvent les femmes. Mais au-delà de ces violences qui sont concrètes, il y en a une plus insidieuse. Le régime extrémiste, avec ses positions patriarcales, parvient à faire s’opposer les femmes entre elles. D’abord, elles sont isolées. Et en plus, elles se comparent, se jugent et se jalousent. Mais la rivalité n’est pas une voie de fait. Et comme le montre Khaled Hosseini, l’union fait la force.
Au-delà de son engagement politique, c’est la plume de Khaled Hosseini qui séduit. L’auteur afghan qui a grandi aux États-Unis se sert un peu dans chacune de ses cultures. Il hérite de la littérature américaine son amour de l’action – ses livres sont inondés de rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine. Dans la culture afghane, c’est la poésie des couleurs, de la chaleur et de la nourriture qu’il retient. Une écriture qui creuse les liens filiaux et qui prend le temps de s’arrêter sur les moments de partage.
Et puis, les personnages font la force du livre. Il faut dire qu’ils sont particulièrement bien campés. Même si le récit désigne ses coupables et ses victimes, le résultat n’est pas aussi simpliste. On s’invite dans la tête de certains antagonistes dont on comprend les actes ou les paroles, à défaut de les valider. Qui plus est, les relations familiales, amicales et amoureuses sont au cœur de Mille soleils splendides. Et Khaled Hosseini met un point d’honneur à soigner ces liens. Une force nucléaire unit les personnages qui semblent former un tout indivisible. Bref, alors que nous sommes là à nous demander ce que nous allons bien pouvoir manger ce soir, Khaled Hosseini, qui est aussi médecin, sauve des vies quand il n’est pas en train d’écrire un best-seller brillant et engagé
