[L’instant VHS] Airplane : un univers satirique qui appartient au passé ?

Il est toujours là. Le Grand, le Beau, l’Excellentissime, L’instant VHS ! Il est même essentiel en cette période d’emmerdement permanent chez soi. C’est toujours le bonheur de reparler d’un film plus ancien, souvent culte, parfois oublié mais toujours intéressant à revoir. Si vous êtes vieux et que le dernier film que vous avez accepté de voir est Cléopâtre avec Elisabeth Taylor, si vous êtes trop jeunes et que pour vous le cinéma a commencé avec Harry Potter et Twilight, si vous êtes de la même génération que l’auteur et que vous souhaitez revoir ces films cultes qu’on oublie parfois, cette rubrique est faite pour vous. Sinon, vous pouvez toujours vous amusez à compter le nombre de pâtes ou de feuilles de PQ que vous possédez.

Airplane, ou Y a-t-il un pilote dans l’avion en français, c’est un peu comme Le père Noël est une ordure : un film drôle qui nous évoque l’enfance et qui grâce à la magie des rediffusions passe quasiment chaque année à la TV. Alors, simple bouffonnerie digne d’un dimanche après-midi en famille ou vraie satire de la société de l’époque ? En revisionnant ce film, de nombreux lecteurs seront surpris de voir qu’il allait loin dans la satire, plus que ce que les réalisateurs se permettent à l’heure actuelle.

Un gag à la seconde

L’idée de base du trio Zucker-Abrahams-Zucker (ZAZ), qui s’est fait remarquer par la suite en réalisant d’autres films comme la série des Naked Gun, est de faire une parodie des films catastrophes des années 70, en témoigne le générique du début qui emprunte sa musique à celle de Jaws. S’en suit 1h30 de gags loufoques et de situations rocambolesques, où l’attention du public est mise à rude épreuve, tant le nombre de gags et de références est impressionnant, particulièrement dans la première heure du film.

Pour tous les goûts

Là où le film mérite une seconde/troisième/… (biffer la mention inutile) vision, c’est qu’à la manière d’un film Pixar, il y a de nombreuses références et sous-entendus qui viennent s’ajouter aux gags de premier niveau. La majorité des gens souriront à l’évocation du nom des trois pilotes, du désespoir des passagers obligés d’écouter les récits de guerre de notre anti-héros ou d’autres scènes utilisant le comique de situation. Mais au-delà de cet humour de surface, le trio ZAZ a truffé son récit de blagues et situations scabreuses, ainsi que de scènes que la morale actuelle censurerait à coup sûr (le dialogue entre le commandant et le jeune garçon par exemple). Et c’est ce qui fait le charme du film, à la manière d’une satire comme Le père Noël est une ordure, dont les auteurs ne s’imposaient aucune limite.

Airplane, 40 ans plus tard, sera vu par certains comme un ovni cinématographique à la liberté de ton incroyable, un cri du cœur, une incitation à rire et se moquer de tout, d’autant plus en décalage avec l’actualité que l’Amérique venait d’élire Ronald Reagan comme président, célèbre pour avoir débuté une révolution conservatrice dont on ressent les effets encore maintenant. En cette période où le rire est encore plus nécessaire que d’ordinaire, regarder Airplane, c’est s’offrir 1h30 de rire, un petit plaisir coupable qui fait du bien. Tellement de bien qu’il faudrait penser à le programmer à nouveau pour l’année prochaine.

Vincent Penninckx
A propos Vincent Penninckx 142 Articles
Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine