“Les plus belles années d’une vie” : jamais trop tard pour s’aimer

Les plus belles années d’une vie
de Claude Lelouch
Comédie dramatique, Romance
Avec Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Marianne Denicourt
Sorti le 24 juillet 2019

Voilà maintenant cinquante-trois ans, Claude Lelouch livrait au monde l’un des films les plus tendres, poétiques et mythiques du cinéma français. S’inscrivant dans la logique créatrice de la Nouvelle Vague, Un homme et une femme parvenait à donner corps à une histoire somme toute assez classique portée par le cadre enchanteur d’un Deauville hors saison et par le portrait sans fautes d’une somptueuse Anouk Aimée et d’un mystérieux Jean-Louis Trintignant.

Après une première suite intitulée Un homme et une femme : vingt ans déjà (1986), Claude Lelouch nous revient aujourd’hui avec un troisième épisode en demi-teinte…

Désormais octogénaire, Jean-Louis Duroc (Jean-Louis Trintignant) s’éteint doucement dans une maison de repos de Normandie. Perdant peu à peu la mémoire, il ressasse sans arrêt les souvenirs de son histoire d’amour avec Anne Gauthier (Anouk Aimée) cinquante ans plus tôt. Désireux d’aider son père, Antoine envisage de retrouver celle-ci, espérant que ces retrouvailles offriront un second souffle à l’ancien pilote automobile.

Les plus belles années d’une vie est un film qui risque de diviser. S’il possède certaines qualités sur le fond, sa forme pourrait déplaire à certains. Ainsi, Claude Lelouch fera ici le choix d’intégrer à ce nouveau film toutes sortes d’images extraites de Un homme et une femme ; certains y verront un bel hommage, d’autres une façon de justifier ce troisième film de façon maladroite.

Mais surtout, cette nouvelle création de Claude Lelouch prendra bien souvent des aspects de téléfilm France 2, là où le premier opus possédait une richesse, un côté délicatement ambitieux et recherché – on se souvient notamment de la caméra attachée au flanc de la voiture de Trintignant roulant sur la digue à Deauville. En effet, Les plus belles années d’une vie souffre bien souvent d’une modestie de forme, comme si la caméra s’était apaisée à mesure que vieillissaient les protagonistes. Si, de ce point de vue, la chose peut sembler cohérente, le film souffrira néanmoins bien souvent de lenteurs, de lourdeurs et sera totalement dénué de la poésie visuelle que possédait Un homme et une femme.

Ensuite, ce nouveau film intègre davantage de dialogues, là où le premier jouait énormément sur les silences. Cela crée une dichotomie qui sera de nature à déstabiliser, voire décevoir certains spectateurs. Cette nouvelle création est donc relativement bavarde, parfois inutilement. Néanmoins, on appréciera ici la finesse des dialogues, bien souvent empreints d’une belle philosophie : « Je me souviens d’elle comme si c’était hier, alors que d’hier je ne me souviens plus de rien ». Dans cette optique, Claude Lelouch aura eu la grande idée d’intégrer au scénario toutes sortes de poèmes, et le spectateur aura alors l’immense plaisir d’écouter Jean-Louis Trintignant réciter certains pans de « Je suis venu, calme et orphelin » de Paul Verlaine, ou l’intégralité du magnifique « Je voudrais pas crever » de Boris Vian.

Mais au fond, si Un homme et une femme était l’histoire d’une rencontre amoureuse, Les plus belles années d’une vie établit son propos autrement, en cherchant à montrer qu’il n’est jamais trop tard pour s’aimer et qu’une deuxième chance est toujours possible. Ainsi, si la vie aura séparé Anne et Jean-Louis, ils sauront se reconstruire et s’aimer malgré le temps qui passe.

En somme, Les plus belles années d’une vie souffre énormément de la comparaison avec Un homme et une femme. Si la forme choisie pourra rebuter certains spectateurs et que le film souffre de longueurs, de plusieurs passages creux et est souvent prévisible, il constitue au fond un témoignage du temps qui passe, tout en montrant que l’amour est la seule chose immuable. Certains verront dans ce film une belle façon de boucler la boucle, d’autres une conclusion maladroite qui brise la magie du premier opus. Ainsi, il semblerait que Les plus belles années d’une vie doive plutôt être vu comme la célébration d’une très belle histoire d’amour, plutôt que comme une suite capable de rivaliser avec l’élément fondateur de cette trilogie mythique.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 149 Articles
Journaliste du Suricate Magazine