
Le Chant des forêts
Réalisateur : Vincent Munier
Genre : Documentaire
Nationalité : France
Date de sortie : 4 février 2026
Après La Panthère des neiges, Vincent Munier nous invite au cœur des forêts des Vosges. C’est ici que tout a commencé pour lui, en suivant son père Michel faire des affûts dans la forêt. Devant la caméra, ils partagent leur expérience avec Simon, le fils de Vincent. Trois regards, trois générations, une même fascination pour la vie sauvage. Michel raconte sa rencontre avec le Grand Tétras et son regret d’avoir été témoin de sa disparition dans les Vosges. Afin de montrer cet oiseau à Simon, les trois vont lui rendre visite en Norvège.
Avec ce nouveau documentaire, Munier veut utiliser le beau pour réveiller les consciences, utiliser la poésie pour réveiller notre sensibilité, comme il l’a exprimé dans ses entretiens. Il s’agit pour lui de filmer la forêt des Vosges pour montrer la beauté du vivant, et livrer un message politique : à l’instar du Grand Tétras, la biodiversité disparaît par nos actions bruyantes et polluantes dans la plus grande indifférence. Munier est reconnu pour ses photos naturalistes suggestives, qui cherchent à véhiculer une émotion plus qu’une précision visuelle scientifique, ou spectaculaire, ou qui démontrent une prouesse technique. Ses clichés cadrent souvent l’animal dans son environnement, on le devine parfois plus qu’on ne le voit, on l’aperçoit, à l’image de la réalité d’un affût en pleine forêt qui ne permet pas toujours de bien voir l’animal. Ne pas tout montrer et ne pas tout montrer tout de suite, afin de laisser une place à l’imaginaire. C’est la démarche derrière son esthétique, qu’il met en pratique dans son film également.
Le Chant des forêts n’est pas exactement un « documentaire animalier » au sens strict, car Munier parle d’humains. Il raconte avant tout le lien entre sa famille et le vivant, et la pratique de l’affût comme chemin vers l’émerveillement. L’émerveillement face au vivant serait un levier pour inciter le passage à l’action de le défendre. Sylvain Tesson, compagnon de route du précédent film, dit : « Munier invite à s’acquitter de notre ancienne indifférence » face au vivant en portant notre attention sur la poésie de la brume, sur le cri d’une chouette de Tengmalm,…
La parole prend une place importante dans le documentaire, parfois à son détriment. On déplore un peu trop de discours et d’explications. La photographie en dirait beaucoup moins mais en laisserait penser beaucoup plus. Le montage est impeccable mais peut-être un peu trop lisse, trop parfait : le film en devient un spectacle, qui s’adresse à des personnes qui n’auraient pas encore fait l’expérience de leur capacité d’émerveillement en présence du vivant.
Pourquoi montrer le Grand Tétras s’il a disparu ? Pourquoi prendre l’avion et aller le trouver en Norvège ? Démarche qui pourrait sonner paradoxale avec la constatation que Munier fait, dans le documentaire, qu’il y a trop d’avions qui passent et que cela dérange la faune. Le conte, l’histoire du grand-père et de sa première rencontre avec le Tétras, qu’il raconte à son petit-fils au coin du feu, narre le regret de l’absence de cet oiseau. Or le documentaire nous le montre, de très près, avec des prises de vues techniquement très réussies et spectaculaires. On conte le passé ; les histoires ont le pouvoir de provoquer l’émerveillement que Munier cherche, et c’est suffisant. Le récit de l’émerveillement nous fait rêver, mais le montrer et le raconter c’est nous laisser sans place pour l’imaginer.
On loue la lenteur du film, parti pris qui n’est pas à la mode. C’est le temps de réapprendre à regarder et entendre. C’est aussi le temps qu’il faut patienter avant d’apercevoir qui que ce soit dans une forêt. On admire le fait de filmer la forêt jusqu’à l’abstraction, choisir le détail, cadrer le paysage de façon rapproché et ne pas toujours le montrer dans son entièreté. Le son du film est extraordinaire, et parfois se suffit à lui-même. Toujours vouloir y mettre tout en devient un spectacle. Or, la nature n’est pas un spectacle mais une expérience partagée, nous dit le générique de fin, phrase très juste mais qui entre aussi en contradiction avec le film qui vient de se terminer.
Le Chant des forêts est un très beau documentaire, mais qui échoue peut-être à nous laisser rêver notre lien au vivant, à cause de sa trop parfaite technicité et à cause du fait qu’il veut tout montrer, tout dire, tout provoquer.
