
La bataille culturelle
Texte et dessin : Blanche Sabbah
Éditeur : Casterman
Date de parution : 3 septembre 2025
Genre du livre : Essai
Avec La bataille culturelle, Blanche Sabbah écrit un manifeste. Si l’extrême droite devait arriver au pouvoir en France en 2027, elle souhaite pouvoir se dire qu’elle aura au moins fait son possible pour que cela n’advienne pas. Parce qu’elle souhaite mener une bataille, une guerre des mots et des idées, pour lutter contre celles, nauséabondes, de la droite dure qui se répandent progressivement dans nos têtes et nos récits.
J’écris cette critique à l’heure où Charlie Kirk, influenceur d’extrême droite proche de Trump, vient d’être assassiné aux USA. Si le contexte politique américain est très différent du contexte français, Blanche Sabbah, au lieu de proposer l’option de la violence qui ne peut qu’amener plus de violence, a une autre mission. Elle souhaite gagner la bataille culturelle. Pour cela, elle se met en branle, elle et sa clique de militant.e.s engagé.e.s à Paris, pour cultiver avec joie une révolte citoyenne.
Sabbah découpe son ouvrage en cinq grandes parties. Là où on la sent la plus à l’aise, c’est lorsqu’elle parle des œuvres qui nous entourent. L’autrice de Mythes et Meufs, ancienne étudiante en sociologie de l’art, y décortique comment nos choix culturels peuvent avoir de l’importance : qui on choisit de regarder, quels genres de fiction, représentant quel genre de monde. Elle insiste sur la nécessité de changer le regard à l’intérieur même de nos livres et de nos films, puisque rien n’est innocent ou neutre.
Elle décide aussi d’insister sur sa judéité en apportant une contribution qu’on entend rarement, à l’heure actuelle où la tension est grande avec le génocide en cours à Gaza mené par la politique israélienne. Selon elle, ce serait une erreur de ne pas mettre les juifs et les juives parmi les minorités telles que les homosexuel.le.s, les Noir.e.s ou les arabes. Les juifs et les juives ne sont pas « des blancs comme les autres ». Ils et elles ont été victimes et sont toujours victimes de persécution. Elle décrit à quel point la « honte » d’être juive se cache parmi ses fans qui le lui révèlent entre deux dédicaces. Elle ne dit pas cela dans une logique de victimisation, mais pour unir les forces, parce qu’il faudra être groupé pour battre l’extrême droite en 2027.
Blanche Sabbah écrit avec beaucoup de conviction, sûre de son combat. Pourrait-on lui reprocher sa naïveté politique ? Même pas, car elle en fait son étendard. Oui, on peut se battre dans la joie. Oui, elle revendique même un militantisme joyeux, débridé, optimiste. Elle s’aide de ses points forts, les dessins et l’écriture. Ainsi, chaque chapitre est introduit par une historiette pour créer un contexte à ce qui va suivre, des planches donnant de la place aux femmes, pleines de couleur et de dynamisme – ce à quoi l’autrice nous a habitué.
Préfacé par Cyril Dion, La bataille culturelle est conseillé pour toute personne qui a encore envie d’y croire. Sabbah est jeune, révoltée, et elle a de l’espoir. Elle passe en revue toutes les avancées de ces dernières années, à la suite de #MeToo, et se veut résolument optimiste. Face à un climat ambiant pas toujours très serein, la lire donne du baume au cœur, et beaucoup d’idées pour se joindre à la lutte pour que l’extrême droite ne passe pas en France en 2027, ou pour qu’on puisse se dire que nous aussi, nous aurons fait notre possible, si cela devait arriver.
