Juliana les regarde d’Evelio Rosero

auteur : Evelio Rosero
édition : Métailié
sortie : avril 2018
genre : roman

C’est grâce au succès des derniers romans d’Evelio Rosero, Les armées et Le carnaval des innocents, que Juliana les regarde a été traduit. Il s’agit en effet de son tout premier roman, rédigé en 1986. Aux yeux de pas mal de monde, la Colombie de l’époque n’était pas très reluisante et les mots qui viennent naturellement à l’esprit sont : Pablo Escobar, assassinats politiques, guérillas et bien sûr la toute puissante Fée cocaïne, maîtresse d’un juteux empire, toujours prête à égayer les soirées festives et les narines frétillantes.

C’est à travers les yeux de Juliana, une fillette de 10 ans, que le lecteur découvre l’atmosphère d’un foyer colombien aisé. Le père de Juliana est ministre. Sa mère ne fait pas grand-chose d’autre que se droguer et forniquer avec son amant qui n’est autre que le chauffeur de son mari. Dans cette maison, les adultes considèrent les enfants comme de petits êtres crétins dénués de conscience et de sentiments. Juliana est régulièrement reléguée dans sa chambre ou dans la piscine familiale dans lesquelles elle zone avec son amie, Camila. Les deux gamines passent leur temps à interpréter les faits et gestes de leurs parents et à refaire le monde. Ainsi le Président de la République, fréquemment invité chez eux, est secrètement qualifié de « gros patapouf » ou « d’éléphant bigleux » par les fillettes. On en rit mais au-delà de ça, c’est à travers le prisme de l’enfance qu’Evelio Rosero dénonce les dérives de la société colombienne des années 80.

Les adultes sont dépeints comme d’horribles personnages lubriques, shootés, bourrés et égoïstes. C’est dans cet univers que les fillettes doivent grandir et essayer de se frayer un petit passage sur le chemin cahoteux de la vie. C’est pas gagné les amis. L’auteur nous décrit un monde tordu, peuplé d’irresponsables totalement inconscients de la terreur qu’ils imposent à leurs rejetons.

Cependant, était-il nécessaire de la part de l’auteur de multiplier les passages malsains pour appuyer sa vision des choses ? Que ce soit par des scènes de pédophilie, d’exhibitionnisme ou de touche-pipi, le lecteur aura rapidement compris que le sexe est un élément phare des milieux politico-mondains colombiens. Mais au bout d’un moment, on fatigue.

Aussi, il est assez difficile de qualifier ce roman de divertissant. A travers ces quelques lignes, vous aurez perçu l’ambiance très lourde qui vous attend. Ce livre ne vous donnera certainement pas la banane et ne vous décrira pas non plus les aspects enchanteurs du pays du gros patapouf bigleux. Il serait donc plus juste d’aborder cet ouvrage comme une étude sociologique des mœurs de l’époque dont la présentation serait assurée par une petite fille naïve qui croit encore en la sagesse et en la bonté des grands…

Emmanuelle Lorriaux
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Journaliste