Titre : Whalefall
Auteur.ice : Daniel Kraus
Edition : Rivages
Date de parution : 07 janvier 2026
Genre du livre : Roman
Pour s’amender d’une culpabilité écrasante, Jay tente de retrouver les restes de son père, mort dans l’Océan Pacifique. N’étant pas novice en matière de plongée, la tâche ne devrait pas être trop ardue. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : le jeune homme se fait avaler par un gigantesque cachalot. Il doit sortir de l’estomac de la bête avant que sa réserve d’oxygène ne s’épuise et que les entrailles nauséabondes de l’animal soient son dernier refuge.
Si vous pensez lire le combat d’une grosse bébête vicieuse, à l’image du requin de Spielberg, passez votre chemin. Whalefall est davantage une fable, un éloge à la nature et au respect de ses habitants. Si Jay s’est retrouvé dans cette situation périlleuse, c’est parce qu’il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, pas de bol ! Mais pas de volonté de zigouiller le vieil animal ou de futiles promesses de vengeance, ce qui est appréciable dans ce monde où la violence est devenue la norme.
Quoi qu’il en soit, Jay doit s’extirper au plus vite du ventre du cachalot, ce qui confère un rythme effréné, survivaliste et suffocant à ce roman qui nous a happés par son originalité.
En parallèle des chapitres qui décomptent les unités d’air au fil des péripéties en huis-clos (très clos!) de Jay, le jeune plongeur se remémore des épisodes de sa vie sur la terre ferme. Et bien sûr il est question de son cher papa, un homme castrateur, casse-cou et grande gueule qui a tenté abruptement de transmettre à son fils ses nombreuses connaissances marines et éthologiques. Heureusement que ce dernier a retenu un bon paquet de la science paternelle, sinon il n’aurait pas tenu 30 pages! La métaphore du père et du cachalot vieillissants est un peu pataude, ce qui ne nous empêche pas de vouloir nous engouffrer dans cette brèche et d’attiser une certaine empreinte mythique à l’histoire.
D’ailleurs en lisant Whalefall, on ne peut s’empêcher de penser à de grands classiques maritimes de la littérature et du cinéma dans lesquels s’opposent de manière philosophique et parfois gore l’Homme et l’Animal. Ce qui vous donnera peut-être envie de (re)lire Moby Dick, Le Vieil homme et la mer et pourquoi pas Les dents de la mer ?
Daniel Kraus signe un roman solidement documenté, une course contre la montre haletante et un récit très humain. Mention particulière pour Bebec, un calmar géant dont la chair s’est dissoute dans les sucs gastriques, qui aidera à maintes reprises notre plongeur malchanceux. Que voulez-vous, on fait avec les moyens du bord ! L’auteur est inventif et on le suit les yeux fermés.
Au final, si la question la plus importante est de savoir si Jay va s’en sortir, la conclusion de cette aventure est limpide : l’Homme n’est décidément qu’un tout petit roquet arrogant face à la Nature, sage et majestueuse.
Bonne lecture à vous.
