
J’ai toujours rêvé d’être un fermier
Scénario : Jean Harambat
Dessin : Jean Harambat
Éditeur : Dargaud
Date de parution : 10 avril 2025
Genre :Roman graphique
Jean Harambat est fils d’agriculteur, comme il le raconte. Il a racheté une ferme près de Pau, dans le Sud-Ouest de la France. Dans J’ai toujours rêvé d’être un fermier, il dépeint
sa vie rurale sous la forme de chroniques d’une page ou deux, avec un ton mi-moraliste
mi-humoristique. Il se décrit comme un homme qui apprend à réemployer ses mains à
découvrir les joies de l’éternel retour des choses.
J’ai toujours rêvé d’être un fermier souffre des mêmes défauts que Français langue
étrangère, dont la critique est sortie récemment, et qui chronique la vie d’une professeure
de français sous la forme de courtes capsules. Une certaine frustration surgit tant on
aimerait que l’auteur, qui délivre des moments de sagesse instructifs, ose la
longueur. Ses chroniques sont beaucoup trop courtes pour qu’on puisse y chercher de la
profondeur ou de l’émotion. Nous sommes plutôt devant des constats, des descriptions qui
ne vont pas au-delà de ce qu’elles montrent.
La faute également au fait que l’histoire ne laisse peut-être pas le lecteur et la lectrice respirer autant qu’on le voudrait. Jean Harambat souhaite dire beaucoup de choses et laisse peu de cases vides de mots, capables d’exprimer quelque chose par elles-mêmes. Enfin, l’autre grande frustration vient de l’absence quasi totale d’accès à l’intériorité de cet homme.
Même s’il vit là avec une femme et leurs enfants, sa vie de famille, d’époux, de
papa, d’homme anciennement bourlingueur n’est pas le propos. Seuls comptent les gestes
manuels, le poids des outils, la transmission de savoirs ancestraux, surtout en compagnie
d’autres hommes taiseux. Comme s’il cherchait à s’oublier, à se faire tout petit pour
laisser la place à son (grand) sujet, en mettant de côté toute interrogation existentielle ou
tout accès à son cœur.
Pour autant, et même d’autant plus si vous avez un pied dans la terre et la tête dans les
champs, J’ai toujours rêvé d’être un fermier a été conçue pour les personnes qui aiment le travail qui se construit et prend forme avec les jours. Comme Jean Harambat l’explique tout au long de l’ouvrage, on ne peut pas s’ennuyer quand on travaille avec des animaux et
qu’on possède un poulailler, un potager, des champs, des ruches ou une écurie. Et ce sont
ces nombreux travaux qui sont détaillés dans ces cases, comme un tuto Youtube en forme
de BD, avec plus de poésie toutefois. Si cela va sans doute rebuter les amateurs de longues
narrations, cela enchantera probablement les autres qui parlent permaculture et s’apprêtent à se lancer dans l’achat d’une ferme bio.
J’ai toujours rêvé d’être un fermier est un très bel hommage à ce métier qui se fait
rapidement laminer par notre société où le secteur tertiaire s’arroge de plus en plus de
place. Au fil des pages, l’auteur nous permet aussi de rêver, de nous imaginer avec
lui à scier du bois, taper des piquets, construire une barrière, et il nous fait sentir presque
physiquement cette saine fatigue qui nous prend après un travail manuel dont on peut être
fier. Pendant un temps, il nous fait voyager dans le quotidien d’un fermier et se prend à
imaginer une société future où, faute de combustible, on aurait à nouveau besoin de
chevaux pour se déplacer. Les gestes répétitifs et qui exigent de la lenteur n’y seraient plus
vus comme inefficaces mais comme un héritage transmis par les générations anciennes,
donnant un sens à l’individu, maillon important de la chaîne de transmission pour faire le lien avec la génération qui suit afin que les savoirs ne disparaissent pas.
